Charles de Bourbon était né avec tous les avantages qui font les grands hommes ; sa beauté , sa grâce et son affabilité lui gagnaient tous les cœurs. La hauteur de son esprit, son instruction et la rectitude de son jugement le faisaient aussi puissant dans le conseil que sa bravoure brillante le rendait terrible sur le champ de bataille. Né pour les armes, il se montra général consommé dès l’âge de vingt-quatre ans. La conquête de Gênes, de la Lombardie, et enfin la victoire de Marignan, mirent le sceau à sa gloire.

Charles III de Bourbon, connétable de France

L’épée de connétable avait été la juste récompense de sa bravoure, de ses talents et des services qu’il avait rendus à lEtat. Nonimé gouverneur du Milanais que son épée avait donné à la France, il sut, par sa prudence, défendre sa conquête contre la ligue formidable qui s’était formée pour l’accabler. Abandonné des Suisses qui formaient la majeure partie de son armée, enfermé dans Milan avec ses seuls hommes d’armes et quelques chevaliers jaloux de servir sous ses ordres, ne recevant de France aucun secours d’hommes ni d’argent, il sut se suffire à lui-même. Il emprunta en son nom personnel des sommes considérables, fit relever les fortifications, ajouta à leur force, parvint à jeter la désunion parmi les assiégeants, à dissoudre la ligue des confédérés qui déjà se croyaient sûrs de la victoire, et, au moment où ils se retiraient, fondit sur leur arrière-garde qu’il tailla en pièces. Tant de succès l’avaient rendu l’idole du soldat et du peuple. La noblesse, toute militaire, en avait fait son héros et se disputait l’honneur de servir sous son étendard.

La cour en prit de l’ombrage : François 1er, ce roi si chevaleresque, n’était pas insensible aux traits de la jalousie, on parvint à en faire naître dans l’âme de ce prince contre le duc de Bourbon ; il fut rappelé, et eut Lautrec pour successeur. Charles parut à la cour, qui pour lors séjournait à Lyon, avec autant de calme que s’il n’eût pas eu à se plaindre de l’injustice qu’il venait d’éprouver. Le roi, dit Fleuranges dans ses Mémoires, lui fit « merveilleusement bonne chère ; « mais peu à peu il se refroidit, et le connétable se serait trouvé confondu dans la foule des courtisans, si son caractère , ses exploits et l’opinion publique ne lui eussent assigné le premier rang dans l’Etat après le roi.

Le prince supporta noblement cette froideur et se borna à demander le remboursement des sommes qu’il avait empruntées pour la défense de Milan, ainsi que le paiement des traitements qui lui étaient dus comme connétable, chambrier de France et gouverneur du Languedoc. Il n’obtint qu’un refus. Charles ne daigna pas se plaindre, et affichaau contraire toute la magnificence d’un prince qui n’a nul besoin des grâces de la cour.

Suzanne de Bourbon épouse de Charles III

Cependant un événement heureux sembla devoir le consoler des déboires dont on cherchait à l’accabler. Susanne venait de lui donner un fils après douze ans de mariage stérile; le duc, au comble du bonheur, pria le roi d’être le parrain de son enfant avec Anne de France, duchesse douairière. Toute la cour se rendit à Moulins pour assister à cette cérémonie ; le roi y fut reçu avec une magnificence et un luxe inconnus même à la cour. « Bourbon , « dit un historien, semblait un puissant monarque  » qui reçoit chez lui son égal, et non un sujet « honoré de la présence de son souverain. Le roi en fut irrité, et ses préventions contre le duc s’en accrurent d’autant. Le chancelier Duprat, l’amiral Bonnivet et le maréchal de Chàtillon , ennemis jurés du connétable, profitant de cette circonstance, achevèrent de le ruiner dans l’esprit du roi en lui faisant considérer toute cette noblesse, dont la somptuosité n’était entretenue que par la libéralité de Bourbon, comme un instrument prêt à servir les projets ambitieux de ce prince.

Il faut avouer que le caractère du connétable était peu propre à dissiper ces préventions : haut et fier avec ceux qui voulaient s’arroger sur lui quelque supériorité, bon, humain et affable avec ceux qui ne cherchaient pas à braver sa puissance, il humilia souvent les favoris du roi, et se gêna peu, même avec le monarque, qui, à la suite de quelques mots assez vifs échangés entre eux, l’avait surnommé le prince mal endurant. Les préventions de François 1er, excitées par Duprat, dégénérèrent en antipathie. Cet avide ministre cependant avait fait quelques démarches auprès du connétable pour gagner ses bonnes grâces, dans l’espoir d’acquérir de lui les terres de Thiers et de Thouri, objets de sa convoitise. Mais Bourbon n’avait répondu à ses avances que par le plus sanglant mépris. Duprat n’eut plus qu’à poursuivre son œuvre de vengeance, tant pour satisfaire sa propre haine que pour éloigner de la cour un homme dont l’intégrité et la puissance pouvaient devenir dangereuses aux dilapidateurs de la fortune publique.

Accablé de dégoûts, le connétable s’était retiré dans ses terres où il ne s’occupait que du bonheur de tout ce qui l’entourait , lorsqu’un nouveau malheur vint l’y atteindre, qui mit le comble à son désespoir. Après avoir perdu l’enfant que Susanne lui avait donné, il eut la douleur de perdre aussi cette princesse à laquelle il était tendrement attaché. Tous les malheurs semblaient ainsi fondre à la fois sur cet infortuné Prince , dont la destinée avait paru si belle et dont la fin devait être si funeste. Charles-Quint venait de révéler au monde et son ambition et la puissance de son génie. Elevé à l’empire malgré les prétentions de François I » à cette couronne, la rivalité de ces deux monarques allait inonder l’Europe de sang. Le roi, dans la lutte acharnée qu’il se disposait à soutenir, fit appel à tout ce que la France avait de plus distingué. Le connétable, faisant trêve à sa douleur et mettant tout ressentiment de côté , fut des premiers à se rendre à l’armée ; il n’y arriva que pour recevoir un affront. Le commandement de l’avant-garde lui appartenait de droit en sa qualité de connétable, on le donna au duc d’Alençon, et lui même fut contraint de servir au corps de bataille sous les ordres du roi. Bourbon ressentit vivement ce nouvel outrage, qui le blessa jusqu’au fond du cœur; il n’en servit pas avec moins de zèle et contribua puissamment aux succès de cette campagne , succès qui eussent été d’une bien autre importance si sa voix eût pu se faire écouter dans les conseils du roi.

Après la campagne, Charles revint à Moulins où il vécut pendant quelque temps dans la retraite , ne se doutant pas de l’orage qui grondait sur sa tète. Louise de Savoie , duchesse d’Angoulème et mère du roi, descendait, ainsi que Susanne de Bourbon, de Charles V , duc de Bourbon , et d’Agnès de Bourgogne, dont la fille Marguerite avait épousé Philippe de Savoie, père de la duchesse d’Angoulème. La mort de Susanne laissait cette princesse seule héritière des biens de Bourbon qui n’étaient pas d’apanage , en supposant que la substitution n’existât pas dans la branche de Montpensier ; toute la question était là. Le chancelier Duprat, dans sa haine contre le connétable, avait réuni tous les titres qui pouvaient lui être opposés. La duchesse d’Angoulème cependant, avant de commencer une instance juridique en revendication des droits qu’elle prétendait avoir sur la succession de Susanne , fit une démarche toute de conciliation auprès du duc Charles. Elle lui proposa de désigner lui-même le tribunal auquel leur contestation serait soumise, promettant de s’en rapporter au jugement qui interviendrait, et souscrivant d’avance l’engagement, si sa demande obtenait gain de cause, de lui laisser l’usufruit avec la liberté de tester en faveur de leurs parents communs, déclarant, en un mot, qu’elle ne cherchait qu’à assurer le droit de ses héritiers.

Le connétable rejeta avec hauteur toute proposition d’accommodement, disant être sûr de son droit et ne reconnaître d’autres tribunaux que les parlements où se trouvaient ses juges naturels. Le procès commença. La conduite de Louise de Savoie a été interprétée bien diversement par les historiens qui ont traité ce sujet : les uns l’ont taxée d’avarice et d’ambition, d’autres veulent qu’éprise du duc de Bourbon elle ait cherché à l’effrayer par ce procès pour l’amener à demander sa main, mais que, repoussée avec froideur, elle se soit livrée à tout ce que l’amour dédaigné put lui inspirer de haine ; quelques autres enfin n’ont vu dans cette revendication que l’exercice d’un droit que l’on pouvait croire fondé. Observons d’abord que les auteurs qui ont le plus maltraité la duchesse d’Angoulème se sont en général laissé séduire par les brillantes qualités du duc de Bourbon, par ses malheurs inouïs et par l’influence immense qu’il a eue sur les destinées de la France.

Anne de France dite Anne de Beaujeu

Les historiens les plus anciens d ailleurs, tel que Marillac, étaient ses créatures ; les modernes les ont suivis, et entraînés par la richesse du sujet se sont livrés à un enthousiasme que l’impartiale histoire doit proscrire, et qui les a rendus injustes envers la duchesse d’Angoulème. Quant & nous, sans chercher à justifier cette princesse des torts qu’on peut lui reprocher, nous devons avouer que sa conduite dans cette affaire de revendication s’explique assez naturellement, et ne doit pas assumer sur sa mémoire un blâme aussi complet que celui dont plusieurs historiens ont cherché à la couvrir. Duprat, ancien praticien, habile à faire plier le sens des lois selon le besoin qu’il en avait, et animé d’un désir immodéré de vengeance, dut facilement persuader à Louise de Savoie que ses droits à la succession de sa nièce étaient fondés sur des titres inattaquables. Sa démarche auprès du duc de Bourbon , et la nature des propositions désintéressées qu’elle lui fit, viennent à l’appui de cette opinion. Le refus hautain de ce prince ne laissait plus d’autre alternative que d’aller en avant ; l’empire que Duprat exerçait sur l’esprit léger du roi fit le reste.

La cause fut appelée au parlement de Paris, le 11 août 1523, avec tout l’appareil qui convenait à la qualité des parties. La France entière resta en suspens devant cette grande question : à qui doivent appartenir le Bourbonnais, l’Auvergne, la Marche, le Forez, le Beaujolais, la Dombes, le comté de Clermont en Beauvoisis, le duché de Chàtellerault, et grand nombre d’autres seigneuries toutes importantes par leur titre et leur étendue? L’avocat Montholon, qui depuis fut garde-des-sceaux , défendit le connétable ; Poyet, le futur chancelier, plaida pour la duchesse d’Angoulème. L’attaque fut habile, et fit valoir avec talent les droits de parenté qu’on invoquait. Montholon, dans sa défense, s’attacha à la loi salique qui de tout temps avait régi la maison de Bourbon, et cita à l’appui tous les pactes de famille qui en avaient été la suite. Les juges parurent indécis.

Pendant ces débats, Anne de France se mourait. La plaie que la mort de sa fille avait ouverte dans son cœur était encore saignante lorsqu’elle vit son gendre, qu’elle chérissait tendrement, au moment de succomber sous le poids d’un procès qui pouvait l’accabler ; elle ne put résister à la douleur et à l’inquiétude qui la dévoraient, et succomba après avoir fait un testament qui instituait le connétable héritier de tous ses biens. Sa tendresse pour lui ne s’était jamais démentie, et elle avait déversé sur lui toute celle qu’elle portait à sa fille. Charles, de son coté, avait testé le même jour que sa belle-mère et l’avait instituée son héritière en cas qu’elle lui survécût, et à son défaut faisait passer tous ses biens à ses deux neveux, Charles et Louis de Bourbon, à la charge de donner cent mille livres à la duchesse de Lorraine, sa sœur puinée.

Quelques auteurs ont prétendu qu’avant de mourir Anne de France avait donné au connétable le conseil de se jeter dans les bras de Charles-Quint, et de venir réclamer par la force ce qu’on lui refusait par justice. S’il en est ainsi , le malheureux prince n’aurait que trop bien suivi ce conseil ; mais cette assertion nous a paru dénuée de preuve. Ce dont on ne peut douter, c’est de la sincérité des larmes que le connétable versa sur la tombe d’une belle- mère qui lui avait donné de si nombreuses preuves d’affection. Le procès cependant allait changer de face. Duprat fut effrayé de l’indécision du parlement , et jugea que, pour mieux perdre le connétable, il fallait faire intervenir le roi. En conséquence, Lizet, avocat général et âme damnée du chancelier, demanda la suspension de l’instance entre la duchesse d’Angouléme et le connétable , et réclama au nom du roi la reversion des biens de Bourbon à la couronne. Mettant de côté toutes les donations existantes , il soutint que l’Auvergne, donnée en apanage à Jean de France, duc de Berry, aurait due être réunie à la couronne après la mort de ce prince décédé sans enfants, ce qui n’avait pas eu lieu, par une simple tolérance qui ne devait préjudicier en rien aux droits du roi. Quant aux autres biens du connétable, il soutenait que Pierre de Bourbon avait consenti qu’ils fissent retour à la couronne dans le cas où il ne laisserait pas d’enfants, et que, Susanne sa fille étant décédée sans enfants, c’était le cas de faire l’application de cette clause; qu’à la vérité Louis XII avait renoncé à son bénéfice, mais que cette renonciation ne pouvait s’entendre qu’en faveur de Susanne et non point de ses héritiers.

François 1er

La défense combattit ce système avec chaleur. Elle opposa les donations de Charles VI et de Charles VII, et démontra que Louis II de Bourbon n’avait consenti au retour à la couronne que dans le cas d’extinction de postérité masculine. Elle prouva que jamais Pierre II n’avait eu le pouvoir de priver la branche de Montpensier, issue comme lui de Jean II de Bourbon , de l’expectative des biens auxquels elle était substituée, et que la clause insérée par le prince lui-même à son contrat de mariage, portant en tant qu’il peut toucher audit futur époux pour le présent et l’avenir , n’avait eu d’autre but que de consacrer ce principe. Malgré toutes ces raisons , Montholon prévoyait une défaite, le bon droit ne lui paraissant pas suffisant pour lutter avec succès contre les intrigues du chancelier. Il demanda et obtint des délais. Enfin, après onze mois de lutte, intervint un arrêt portant que les parties seraient appointées au conseil , et qu’en vertu de ce principe : que jamais le roi ne plaide dessaisi, tous les biens en litige seraient mis en séquestre.

Le connétable était ruiné , il sentit naître en lui un désir immodéré de vengeance ; mais sa prudence lui lit dissimuler ses projets. Affectant même une entière confiance en la justice du roi, il vendit, nonobstant le séquestre, sa châtellenie de Thizy en Beaujolais à Philibert de Beaujeu, chevalier, seigneur de Linières, et lui échangea ses seigneuries d’Alloignet et de Coux contre celle de Rochefort , en se réservant la foi et hommage.

Charles-Quint, profitant de Incitation violente du duc, lui fit les premières avances. Après quelques hésitations, un engagement secret les lia : ils traitèrent de pair à pair. Le roi d’Angleterre , qui avait toujours admiré la brillante valeur de Bourbon, adhéra à ce traité, par lequel le duc devait épouser Eléonore d’Autriche, sœur de l’empereur, et posséder en toute souveraineté, après la conquête de la France, toutes les provinces qui avaient appartenu à sa famille. Le Beaujolais, dont le revenu était estimé vingt mille écus, devait former le douaire de la future duchesse. Par une clause spéciale il fut reconnu que, si l’empereur ainsi que l’archiduc son frère mouraient sans enfants, Eléonore hériterait de l’empire d’Autriche. François Ier se disposait à franchir les Alpes pour aller rétablir sa puissance dans le Milanais, où ses généraux avaient été constamment battus depuis le rappel du connétable.

Celui-ci conçut le projet hardi d’enlever le roi pendant le voyage; mais, au moment de mettre son plan à exécution, sa trahison fut découverte par les seigneurs de Matignon et d’Argouges , qu’il avait engagés à livrer la Normandie aux Anglais. Le duc, prévenu de la découverte de ses projets, n’eut que le temps de fuir, presque seul et au milieu de mille dangers. Ce malheureux prince avait promis à l’empereur de lui livrer une partie de la France, et d’aller le joindre à la tête de la noblesse de ses provinces; il avait même espéré un instant , comme nous l’avons vu, lui mener le roi prisonnier.

Charles-Quint, à la suite de toutes ces promesses, ne vit arriver qu’un fugitif et un proscrit. L’accueil qu’il lui fit se ressentit de la triste position du duc , et il ne fut plus question de l’exécution du traité qui avait lié ces princes. Bourbon comprit dès-lors qu’il était à la merci de Charles-Quint, qui ne l’employa plus que comme l’instrument de ses projets ambitieux sur la France. A peine le duc de Bourbon eut-il quitté sa patrie, que le roi fit occuper par ses troupes les provinces qui avaient appartenu à ce prince. Des garnisons furent mises dans les villes et châteaux de Beaujolais et de Dombes. Jacques de Chabanne, seigneur de la Palisse, maréchal de France, vint y recevoir le serment des nobles et des communautés. Le parlement commença les procédures contre le transfuge ; mais les longues formalités qu’exigeait sa qualité de prince du sang ne permirent de terminer ce procès qu’après sa mort.

Charles Quint

Bourbon cependant avait obtenu le commandement des armées impériales en Italie, honneur qu’il dut partager avec Pescaire et Lannoi. La victoire suivit son nouvel étendard, et l’on sait quelle fut l’issue de cette guerre funeste qui se termina par la bataille de Pavie où tout fut perdu for l’honneur. Après le triste avantage d’avoir fait son roi prisonnier, Charles, se voyant négligé de l’empereur, haï des Français dont il avait déserté la cause, et méprisé de tous, voulut tenter un dernier effort, éblouir et étonner le monde par de nouveaux exploits, et, dût-il trahir Charles-Quint comme il avait trahi François 1er, s’élever enfin un trône qu’il ne devrait qu’à son épée, et se faire pardonner ses trahisons à force de gloire.

Il commandait à Milan, mais que faire avec une armée sans paie, sans vivres et dont le dévouement pouvait devenir douteux ? Bourbon conçut un dessein audacieux et digne de son caractère aventureux. Le pape avait déclaré la guerre à l’empereur. Bourbon, saisissant ce prétexte, marche sur Rome malgré les ordres contraires qu’il avait reçus , et promet le pillage de cette ville opulente à ses soldats. Tous le suivent avec enthousiasme, aucun obstacle ne peut l’arrêter, aucune défense de l’empereur ne peut ralentir sa marche. Il traverse l’Apennin au cœur de l’hiver, culbute et renverse tout ce qui s’oppose à son passage, et arrive enfin au pied des remparts de la ville éternelle , à laquelle il se dispose à donner l’assaut dès le lendemain 6 mai 1527. Privé d’artillerie , c’est le seul moyen qu’il ait d’emporter cette place , défendue par une garnison nombreuse. Au point du jour, tout est disposé pour l’assaut ; le vaillant Bourbon ne veut céder à personne l’honneur d’arriver le premier sur le rempart. Arrachant une échelle des mains d’un soldat, il s’élance l’épée à la main ; mais à peine il touche au sommet qu’un coup d’arquebuse, tiré, dit-on, par un moine, l’atteint dans la poitrine et le renverse mort au pied de la muraille. La fureur de ses soldats ne connaissant plus de bornes , la ville est emportée et livrée à toutes les horreurs du pillage. Le corps du malheureux prince fut privé de sépulture, et ses écuyers obtinrent avec peine la permission de déposer son cercueil au-dessus de la porte de l’église de Gaéte , où, plus d’un siècle après, Guichenon le vit encore. Son cœur fut apporté à l’église métropolitaine de Besançon par Simon Gauthier, Ecuycr, seigneur d’Ancin, son maître d’hôtel, et déposé à la sacristie en grande pompe.

Ainsi finit, en aventurier, un prince que sa valeur brillante, son génie et sa naissance appelaient à être le second personnage du royaume, le plus ferme soutien de l’Etat et la gloire de sa patrie. Ce zèle eût pu paraître assez beau à tout autre , mais son âme fière et indomptable aspirait plus haut. Le premier rang seul lui paraissait digne de lui. Charles, dévoré d ambition , possédant le sentiment de sa force, rêvait un trône qu’il savait pouvoir défendre par son épée et gouverner par la puissance de son génie. Incapable de plier, l’injustice du roi le brisa et le jeta dans un abîme où il entraîna la France , au milieu d’un flot de sang et de larmes. Les procédures continuèrent nonobstant la mort du duc de Bourbon ; le parlement prononça enfin et ordonna la confiscation de tous ses biens au. profit de la couronne, par arrêt du 26 juillet 1527

Ferdinand de La Roche, dans Histoire du Beaujolais

La disgrâce de Charles III de Bourbon connétable de France
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