Extraits de l’ouvrage : Histoire du Beaujolais et des Sires de Beaujeu, de Ferdinand de la Roche – 1853

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En 879, Boson, Roi d’Arles, reçoit à Lyon l’investiture du Lyonnais et du Maconnais, l’acte qui en fut dressé ne fit aucune mention de la Dombes ni du Beaujolais.

Au mois de mai 1264, Guichard de Beaujeu vendit le château de Saint-Bernard sur la Saône au doyen du chapitre de Lyon, moyennant le prix de 5500 livres viennoises. Il l’avait acquis précédemment du palatin de Riottier. (Palatin est à l’origine un titre d’officier surintendant du Saint Empire romain germanique. Il semble que les seigneurs de Riottier aient conservé ce titre selon « masures de l’île Barbe et Histoire de Dombes de MC Guichenon)

Par un second testament du samedi après la Toussaint 1263, Guichard de Beaujeu léguat (entre autres) à son cousin Humbert de Beaujeu, seigneur de Montpensier, ses terres de Valromey et Bugey, et au Sire de Thoire et de Villars, le village de Saint-Germain en Bresse.
En Guichard IV finit l’illustre famille de Beaujeu, dont les biens passèrent dans celle des comtes de Forez par Isabelle de Beaujeu.

Isabelle de Beaujeu ayant négocié le mariage de son fils Louis avec Éléonore de Savoie, pris la résolution de lui relâcher ses terres de Beaujolais et de Dombes ce qui eut lieu en 1272. Le comte de Savoie donna à Louis de Forez, Châteauneuf, Virieu-le-Grand et Cordon. Enfin le jeune prince prit possession de la baronnie de Beaujeu et de ce qu’il en dépendait en Dombes.

« A son très chier seignor et haut baron Robert, duc de Bourgoigne, Isabels, contesse de Forets et dame de Belgeu, veraye amor; com nos aions doné et octroie à Lois, nostre chier fils, la terre et la baronie de Belgeu, et l’aions mis en possession des chastels, des villes et des appartenances : nos vos prions, Sire, que vostre plaisir soit que vos li recevoiez à vostre home, quar nos volons et commandons que il face à vos homaige et feaulté, en celle manière que nostre deuancier l’ont faict es vostres. Douées le mercredy deuant Pasques flories, l’an de Nostre Seignor mil deux cent sexante et douze à Sarien le Contey. »

La seigneurie de Miribel, possédée par les seigneurs de Beaujeu, s’étendait jusqu’à Lyon et embrassait même les faubourgs de Saint-Clair, de la Croix-Rousse et des Brotteaux. Ce voisinage était vu d’un mauvais oeil par les archevêques ; la justice de Miribel eue souvent de graves démêlés avec celle de l’église de Lyon, et plus d’une fois l’animosité avait porté les deux parties à des extrémités fâcheuses. À l’époque où nous sommes, l’exaspération était parvenue à son comble. Louis de Beaujeu, sous prétexte de nouvelles injustices, fit irruption sur les terres de l’archevêque, mit tout à sac, emmenant avec lui grand nombre de prisonniers et tous les bestiaux dont il put s’emparer. L’archevêque de Lyon essaya vainement de résister, il n’était pas en mesure de le faire, et il fulmina l’excommunication contre le sire de Beaujeu.

Parmi ses enfants, Éléonore épousa en 1296 Humbert V, sire de Thoire et de Villars, fils de Humbert et de Marguerite de La Tour du Pin. Son douaire (portion de biens que le mari réserve à son épouse dans le cas où celle-ci lui survivrait) lui fut assigné le 25 avril 1332 sur le château de Trévoux et la seigneurie du Chatelard, avec les villages de Marsieu et de Saint-Germain en Dombes.
(Ce qui signifie que Trévoux appartenaient déjà aux Thoire-Villars en 1332 – Plutôt qu’à Massieux, le toponyme Marsieu semble correspondre à Marlieux, voir article dédié )
Selon Wikipedia, Eléonore a épousé Humbert V et non Humbert IV (son père). Humbert IV avait épousé Marguerite de la Tour du Pin.

Guichard V succède à Louis en 1296. Pour clore certaines querelles, il négocie avec l’archevêque de Lyon. (Notons ici que l’archevèque de Lyon est Louis de Villars, fils de Humbert V et de Eléonore de Beaujeu. Les conditions dans lesquelles il dispose des biens de la famille Thoire-Villars alors qu’il n’est pas l’héritier n’est pas éclaircie – Voir les soulignés deux paragraphes plus bas). Un arrangement fut conclu et signé par Louis de Villars archidiacre de Lyon ; Thibault de Vassalieu et Guichard de la Dombes, chanoines et comtes de Lyon (et d’autres témoins). Malgré ce traité il existait entre les deux seigneuries de Lyon et de Beaujeu trop de points de contact pour qu’il ne s’élevât pas à chaque instant les conflits de juridiction, sur lesquels aucune des deux parties était disposée à céder. Les limites d’ailleurs n’était pas déterminées d’une manière fixe, et il était un quartier de la ville de Lyon, du côté de Dombes, dont on aurait eu peine à connaître la directe. Il arriva que l’archevêque voulu contester au sire de Beaujeu le droit de lever des cens et servis sur les Brotteaux situés près du pont du Rhône et défendit aux propriétaires desdits terrains d’obtempérer à toute demande de cette nature émanant des officiers de Beaujeu. Lorsque les officiers de Beaujeu vinrent ajouter un nouveau grief en s’emparant du corps d’un criminel que la justice de Lyon avait fait prendre à la côte Saint-Sébastien, le transportant sur un gibet situé sur les limites de Beaujeu. Tout enfin semblait devoir amener une rupture car l’archevêque reprochait encore à Guy de Saint-Trivier, allié du sire de Beaujeu, d’avoir fait bâtir un château fort à Beauregard, d’avoir fait un barrage tendant du Bourg dudit Beauregard à la rivière de Saône et d’avoir fait l’hommage du tout au sire de Beaujeu tandis que selon les prétentions de l’église de Lyon ce lieu faisait partie de sa seigneurie. Enfin ont pris les armes, et les sujets de Beaujeu comme ceux de l’église eurent beaucoup à souffrir des suites de cette querelle. Les campagnes furent dévastées, les animaux enlevés, grands nombres de prisonniers furent emmenés, et mille exactions commises de part et d’autre. On songea alors à un arrangement.

L’archevêque de Vienne, le dauphin de Viennois, le sire de Thoire, et Guichard de Marzé, sénéchal de Toulouse, furent choisis pour arbitres. Leur sentence fut prononcée au jardin du Temple de Lyon par le sénéchal de Toulouse, au mois de juin 1298. Il fut jugé que l’archevêque retirerait la défense aux habitants des Broteaux de payer les cens et servis dus au sire de Beaujeu, que tous les bestiaux seraient rendus, que le pendu qui avait été enlevé serait replacé au gibet de Saint-Sébastien, et que, dit Paradin, s’il estait deia consommé, il senferoit un fantosme pour être mis à sa place ; que l’excommunication prononcée contre ceux qui étaient chargés de l’ouverture et de la publication des testaments serait levée, et que les seigneurs de Beaujeu resteraient possesseurs de ce droit comme par le passé ; que le seigneur de Saint-Trivier reconnaîtrait la moitié de son château de Beauregard au sire de Beaujeu, et l’autre moitié à l’archevêque; qu’en conséquence il ferait arborer sur ses tours l’étendard de Beaujeu et celui de l’archevêque, à la seule différence que celui de Beaujeu y resterait trois jours et celui de l’archevêque cinq, en signe de supériorité. La teneur de ce jugement peut donner à penser que tous les torts n’étaient pas du côté du sire de Beaujeu.

Au mois de décembre 1 301, Louis de Villars étant archevêque de Lyon, Guichard lui céda la plus grande partie des droits qu’il possédait sur la ville de Lyon, tant en terre que sur l’eau, depuis le vieux fossé vers St-Sébastien, et depuis le Rhône jusqu’à la Saône, ainsi que les cens à lui dus sur vingt-quatre moulins construits sur le Rhône. L’archevêque en échange lui abandonna la moitié de la seigneurie de Meximieux, le château de Chalamont et le donjon de Montmerle.

La même année il reçut une mission du roi Philippe-le-Bel, qui le priait de vouloir bien faire remettre à ses officiers de justice un certain nombre de faux-monnayeurs qui avaient contrefait la mon- naie de l’Etat, et qui étaient détenus au château de Chalamont,  sans que cette rémission, dit la lettre, puisse porter préjudice à sa seigneurie, ni à ses successeurs au temps à venir.  Guichard avait refusé de faire hommage de Meximieux et de Chalamont à Louis de Villars, qui prétendait y avoir droit au terme de l’échange qu’ils avaient fait. L’archevêque irrité l’excommunia. Effrayé de cette mesure rigoureuse, le sire de Beaujeu se soumit et fit, en 1 307, l’hommage demandé, en se reconnaissant vassal de l’Eglise. Guichard de Beaujeu figura dans la réclamation que la noblesse de Lyon et partie du clergé de ladite ville adressèrent au roi pour lui demander l’abrogation de la seconde Philippine qui conférait à l’archevêque de Lyon des droits exorbitants, et lui reconnaissait une souveraineté à laquelle ils ne pouvaient se soumettre, déclarant vouloir rester dans la mouvance directe du roi, ce qui était leur droit, et ne relever que de lui et du royaume de France.
Ceux de la noblesse qui signèrent avec Guichard de Beaujeu furent : le comte de Forez, les seigneurs de Lavieu, d’Izeron, de Chagnon, de Vaudragon, de Grésieu, de Chamousset, de Talaru, de Faverges, du Brueil, d’Oingt, du Bois, de Chàtillon-d’Azergues, d’Albon, de Polognay, de St-Forgeux, d’Ailly, de Lissieu, de Montagny, de Roussillon et de Jarest. Cette protestation produisit un effet immense : l’archevêque, désapprouvé par le pape et par son parent le comte de Savoie, fit au roi l’abandon de la justice séculière de Lyon, et cette ville se trouva enfin réunie au royaume de France. (Avril 1312.)

Il termina quelques différends qu’il avait avec le seigneur de Thoire et l’abbé de l’Ile-Barbe, et fixa les limites de sa seigneurie du côté d’Anse avec l’archevêque de Lyon.  L’an 131, le roi Louis-le-Hutin accorda au sire de Beaujeu, qui était son chambellan, le droit de connaissance et de correction pour le crime de fausse-monnaie, dans ses terres et partout où il avait droit de justice.

Les longues querelles qui avaient divisé les comtes de Savoie et les dauphins (Les dauphins du Viennois) avaient été suivies, en 1 304, d’un traité entre Amé V dit le Grand et le dauphin Jean II. Il fut convenu entre autres que le dauphin se départirait de ses prétentions sur l’hommage de Faucigny, et de tout ce qu’il réclamait sur Meximieux et le bourg de St-Christophe. Ce traité étant resté sans effet, le pape Clément V voulut rétablir la paix entre les parties belligérantes, et par sa bulle datée de St-Cyr près Lyon, du mois de mars 1 306, ordonna une trêve entre ces deux princes et les seigneurs de Vaud, de Beaujeu, de Genève et de Mercœur, leurs alliés. Il fut encore convenu que la ville d’Ambronay demeurerait au comte de Savoie. Tout semblait s’arranger ainsi , mais quelques années après des religieux du couvent d’Ambronay, vendus au dauphin, lui livrèrent la ville après avoir pendu leur abbé qui n’avait pas voulu tremper dans cette trahison. Le dauphin accourut en personne pour eu profiter, mit le siège devant Miribel qui appartenait au sire de Beaujeu, et comme la place paraissait devoir tenir longtemps, il gagna le châtelain, qui la rendit aussitôt, ce qui n’empêcha pas le dauphin de le faire pendre, prétendant que combien que la trahison fut profitable, il ne fallait pas laisser vivre les traîtres. Cependant le comte de Savoie, en apprenant la lâche trahison d’Ambronay, y marche promptement, s’en empare et réunit toutes ses forces pour venger cette injure. Il appelle auprès de lui Louis de Savoie, prince de Morée, son neveu; Louis de Savoie, baron de Vaud, son frère, Léopold d’Autriche, son gendre, le comte d’Auxerre, Robert, duc de Bourgogne, Guichard, sire de Beaujeu, et enfin tous les feudataires de Savoie. Le sire de Beaujeu était le plus animé des alliés; il avait sur le cœur la perte de Miribel, et brûlait de se venger. L’armée se mit en campagne, et à son approche le dauphin abandonna le pays, laissant les places livrées à leurs propres ressources. Le siège est mis devant St-Germain-d’Ambérieu, qui succombe après une vive résistance et est livré au pillage. La ville d’Ambérieu subit bientôt le même sort. La mort du dauphin, qui arriva peu après la prise d’Ambérieu, suspendit les hostilités; et comme Amé-le-Grand suivit de près son ennemi au tombeau, elles ne furent reprises que par leurs successeurs.

Ces princes pénétrèrent dans le Genevois, dont le comte s’était constamment montré ennemi de la Savoie dont il relevait, surprirent le château de Genève sur Giry de Feuillens qui en était gouverneur, et le firent démolir. Ils terminèrent leur campagne par la prise du château de Sessains. Le comte de Genève en appela au dauphin de la guerre qu’on lui faisait. Celui-ci fit de grands préparatifs et entra en campagne. Les deux armées se trouvèrent en présence au mois de février 1325, dans la plaine de St-Jean-le-Vieux, sous les murs du château de Varey, dont le comte de Savoie faisait le siège. Les Dauphinois attaquèrent à l’improviste. Les Dauphinois pénétrèrent dans les lignes du comte de Savoie, et la déroute devint générale. Guichard fut fait prisonnier en voulant soutenir la retraite du prince. Humbert de Beaujeu fut blessé mortellement. La captivité de Guichard dura peu. Il promit sa rançon et engagea pour sûreté de sa parole au dauphin ses châteaux de Ferreux, de Thizy et de Lay. Plus tard il fut convenu, par l’entremise du comte de Forez, d’Aimar de Poitiers et de Guillaume de Beaujeu, que pour cette rançon Guichard céderait au dauphin les seigneuries et châteaux de Meximieux et du bourg St-Christophe, le fief de la grande rue de Villars, de la maison de Loyes et des Poypes de Monthelier, de Corsieu et de Monthieu, ainsi que les arrière-fiefs de Châtillon-la- Palud et de Gordans que lui devait le sire Thoire qu’il prendrait en fief dudit dauphin son château de Miribel, et promettait de le servir envers et contre tous, à la réserve du roi de France, de l’Eglise de Lyon, du duc de Bourgogne, du comte de Clermont, et des abbés de l’Ile-Barbe et de Cluny. Ce traité fut accepté, et les gentilshommes de la suite de Guichard furent libres sans rançon. En lisant ces conditions, on pourrait s’étonner à bon droit de ne pas voir figurer le comte de Savoie dans les réserves que se fit Guichard, s’il n’était évident au contraire que c’est contre ce prince que le traité était dirigé ; le dauphin, son ennemi mortel, voulait non-seulement recevoir une riche rançon, mais se procurer un allié de plus pour l’exécution de ses desseins contre les terres de Savoie. Le comte Edouard se montra plus généreux, car il indemnisa largement le sire de Beaujeu des pertes qu’il pouvait avoir éprouvées dans celte guerre, en lui cédant en toute propriété les terres et châteaux de Coligny-le-Neuf et de Buenc, à la charge du fief, et promettant de lui payer quarante mille livres viennoises à charge de l’hommage de Lent et de Thoissey.

En 1326, et par l’entremise du légat du pape, on fixa une délimitation entre les terres du comte de Savoie, du dauphin et du sire de Beaujeu, en Bresse et en Valbonne. Montluel demeura au dau- phin, Rillicux à l’abbé de l’Ile-Barbe ; le lac des Cherres fut cédé au dauphin en échange d’Avancey, qui fut donné à Guicharcl de Beaujeu; les îles et Broteaux du Rhône furent partagés entre eux ; le château de Jonage appartint au comte de Savoie.

Guichard, que le roi appelait souvent dans ses conseils, le servit également bien de son épée dans les nombreuses guerres de cette époque. Devenu grand-maître des Templiers, il se signala d’une manière glorieuse, en 1328, à la bataille de Mont-Cassel, où il commandait le troisième corps de bataille de l’armée française. Enfin, ce prince qui, par sa sagesse dans les conseils et sa bravoure dans les combats, sut mériter de ses contemporains le surnom de Grand, mourut à Paris le 18 septembre 1331, après avoir servi cinq rois, Philippe-le-Bel, Louis-le-Hutin, Philippe-le-Long, Charles-le-Bel et Philippe de Valois, sans que sa faveur reçût jamais la moindre altération sous ces différents rois, dont il fut chambellan et l’un des principaux et plus fidèles conseillers, ce II mourut, dit Louvet, plein d’honneur « et de gloire ; et comme il avait semé des lauriers toute sa vie, il recueillit des palmes à sa mort. » Guichard fut inhumé à Belleville en un tombeau qu’il avait fait ériger de son vivant.

Outre ces neuf enfants légitimes, Guichard laissa encore un fils naturel nommé Jean de Beau- jeu, vivant en 1348. Edouard, fils aîné de Guichard V et de Marie de Chàtillon, naquit le jour de Pâques 1316 et avait quinze ans lorsqu’il prit possession des seigneuries de Beaujeu et de Dombes. Dès son début, il annonça les dispositions qui plus tard devaient faire de lui un’ grand homme. Loin de se livrer à la dissipation et aux plaisirs, il porta toute son attention sur l’état de ses affaires et pourvut à tout. Le trésor de Guichard était fort obéré, et les intérêts usuraires qu’il payait absorbaient tous ses revenus. Edouard voulut se libérer, et pour y arriver il vendit en 1 333 à Guillaume de Sure, archevêque de Lyon, sa terre et seigneurie de Miribel avec son mandement, la terre de Montaney et la garde de l’Ile-Barbe et de Vimy, moyennant la somme de trente mille florins d’or et le château de Ternant. Cette vente fut faite de l’avis de Girard de Chaintré, curateur du jeune sire de Beaujeu. Ses plus fortes dettes payées, il songea à accroître ses revenus et à augmenter son domaine. Le comte de Savoie était tout disposé à lui faire la remise des châteaux de Coligny et de Buenc, qu’il avait promis à Guichard V pour l’indemniser des perles qu’il avait éprouvées dans la guerre contre le dauphin. Cette remise fut faite à Edouard de Beaujeu, le 5 juillet 1337, par le comte Aymond, fils d’Edouard de Savoie, qui se rendit à Ambournay, où il reçut la promesse du sire de Beaujeu pour les hommages de Thoissey et de Lent, selon qu’il avait été convenu. Il fut encore arrêté que cet hommage serait semblable pour la forme à ceux que devaient à la couronne de Savoien Louis de Savoie, seigneur de Vaud ; Jacques de Savoie, prince de Piémont, et le comte de Genève ; à la réserve par le sire de Beaujeu de la fidélité qu’il devait au roi de France, aux ducs de Bourgogne et de Bourbonnais, à l’archevêque de Lyon et aux abbés de Cluny et de l’Ile- Barbe. Cet hommage n’eut lieu que le 26 juin 1343. Le sire de Beaujeu se constitua homme et vassal du comte de Savoie pour les châteaux qu’il dit tenir de lui en fief. Edouard de Beaujeu acquit du seigneur Etienne de Laye la terre et seigneurie d’Hérons, en la paroisse d’Aignereins près Villeneuve en Dombes, le seigneur de Laye reçut la justice haute et basse des paroisses de St-Lager et Cercler en Beaujolais, avec tous droits en dépendant, hommages, renies, usages, corvées, journaux, services forcés, soit en deniers, blé, froment, seigle, orge, avoine, vin, poules, poulets, chapons, huile, miel, cire, et toutes sortes de légumes; plus, le droit de bâtir bourgs clos et fermés, y accorder foires et marchés avec franchises, sauf au seigneur de Beaujeu la supériorité et le ressort. Dès l’année 1332, Edouard de Beaujeu avait commencé à se signaler dans les armes sous le comte d’Eu. En 1339 il suivit le roi Philippe de Valois dans les guerres de Flandres, et l’année d’après, il se couvrit de gloire par la défense de Mortagne sur l’Escaut, En 1347, Edouard de Beaujeu reçut la récompense de ses services et fut créé maréchal de France sur la démission de Charles de Montmorency, son beau-frère. Il avait alors trente-un ans et commandait une compagnie de cent hommes d’armes, parmi lesquels se trouvait une partie de la noblesse de Beaujolais et de Dombes. On y remarquait entre autres Guillaume de Beaujeu, Jean de Thélis, le bâtard de Beaujeu, Jean de Varennes, Guillaume de Forges, Jean d’Ars, Bertrand du Saix, Robert de Beaujeu et autres. Amé VI, comte de Savoie, surnommé le comte Vert, se disposait à châtier les Valaisans insurgés contre leur évèque. Le maréchal de Beaujeu lui amena des troupes, et combattit à ses côtés. Le comte assiégea Sions, monta le premier à l’assaut, et, malgré la résistance désespérée des assiégés, emporta la place. C’est cette même année que le roi fit don au maréchal de Beaujeu de la ville et Chatellenie de Chàteauneuf en Maçonnais. (En 1351, sous Jean II, il battit les Anglais à Ardres, mais fut tué à la fin de l’action.)

Antoine de Beaujeu naquit au château de Pouilly en Beaujolais, le 12 août 1343 ; et en 1348, le 1 février, alors qu’il n’était âgé que de cinq ans Marie du Thil, tutrice du jeune prince, voulant prévenir toute difficulté, fît limiter plusieurs points de ses seigneuries. C’est ainsi qu’en 1303 on fixa les limites de la prévôté de Limas avec la seigneurie de Riottiers, qui appartenait à l’archevêque de Lyon. Guillaume de Thurey, doyen de l’église de Lyon, et Etienne de Laye, chevalier, furent chargés de cette opération. Le comte Vert institua, en 1362, l’ordre du Collier, dit de l’Annonciade. Le nombre des chevaliers fut fixé à quinze, le souverain compris, et ils furent tous choisis parmi la première noblesse et la plus illustre. Antoine de Beaujeu fut nommé le troisième ; les seigneurs de Chàlon, de Chalamont, de Vienne, de Grançon, etc., ne vinrent qu’après; le comte de Savoie et le comte de Genève furent les deux premiers. Cette marque d’estime d’un souverain tel qu’Amé VI prouve de quelle considération jouissait déjà le jeune sire de Beaujeu. Quelques démêlés ayant eu lieu en 1 363 entre les habitants de Villefranche et d’Anse, Antoine de Beaujeu, d’accord avec l’Eglise de Lyon, nomma pour terminer ce différend Jean de Thélis etHumbert d’Albon, chevaliers. L’année suivante il rejoignit l’armée royale qui tenait la campagne en Normandie, et se signala à la bataille de Cocherel, sous les ordres deDuguesclin.

Antoine de Beaujeu, revenant de Guyenne, mourut à Montpellier le 1 2 août 1 374, jour anniversaire de sa naissance et de son mariage. Ce prince n’avait que trente-un ans, et sa mort excita des regrets universels. Beau, bien fait, spirituel, il sut, par les hautes qualités dont il était doué, se concilier l’amitié des rois de France, d’Espagne et d’Aragon et du comte de Savoie, Amé VI, qui se plut souvent à lui en donner des marques. Son corps fut apporté à Belleville, et inhumé dans l’église auprès de ceux de sa famille.

Antoine, par son testament de 1374, institua son héritier l’enfant dont sa femme pouvait être enceinte, au cas que ce fût un mâle ; et, par un codicille du jour de sa mort, il lui substitua Edouard de Beaujeu, seigneur de Perreux, son cousin. Par le même acte il donne en legs à sa sœur Marguerite de Beaujeu, princesse d’Achaie et de Morée, les châteaux de Berzé, de Semur et de Juliénas ; à Béatrix de Chàlon sa femme, ceux de Pouilly et de Chamelet; et à Jean de Nagu son écuyer, cinq cents francs d’or et la chatellenie de Thizy. Il ordonne ensuite diverses œuvres pies, et finit en remettant à ses sujets le droit qu’ils avaient à payer à l’avènement de son successeur, ajoutant que « mieux valoit avoir un ami sur la place que de l’argent en son coffre. Aucun enfant n’étant né de ce mariage, la succession passa à Edouard, seigneur de Perreux, dont l’article suit.

Le testament d’Antoine de Beaujeu, rédigé sur les bases de la substitution établie par Guichard-le-Grand, appelait à la succession Edouard son cousin, fils de Guichard, seigneur de Perreux, tué à la bataille de Poitiers, et de Marguerite de Poitiers. Averti, au château de Perreux qu’il habitait, de la mort de son cousin, Edouard, s’empressant de venir recueillir ce riche héritage, arriva à Lyon, obtint le décret de l’official de cette ville, celui du juge ordinaire de Beaujolais, et ordonna à Jean de Thélis, à Guichard de Marzé, à Hugues de Gletteins et à Jean de Châles, chevaliers, de faire exécuter le testament d’Antoine de Beaujeu. En conséquence, ces seigneurs le mirent en possession des terres et seigneuries de Beaujolais et de Dombes, à Belleville, le ler septembre 1374. Mais, à peine assis sur le siège seigneurial, ce haut poste lui fut vivement disputé par Robert de Beaujeu, seigneur de Joux sur-Tarare, son oncle, d’une part; et, d’autre part, par Marguerite de Beaujeu, princesse d’Achaie, sa cousine, sœur d’Antoine de Beaujeu. Marguerite réclamait l’héritage de son frère, comme plus proche parente, et se rendit à Paris, où elle intenta un procès à Edouard. Cette affaire n’eut pas de suite ; un arrangement fut conclu, qui reconnaissait et approuvait le legs à elle fait par son frère, des châteaux de Berzé, Cenves et Juliénas, et y ajoutait une somme de vingt mille francs d’or, pour complément de ce qui pouvait lui être dû. Marguerite, de son côté, se désistait de ses prétentions sur la baronnie de Beaujolais. Ce traité fut approuvé par le roi Charles V, et vérifié en la cour de parlement le 29 juillet 1375. Le procès avec Robert fut plus difficile à arranger. Les choses semblaient devoir être poussées vivement, et le parlement était saisi. Mais Edouard voulait en finir, et termina par l’abandon de la terre et château de Coligny, avec une somme de quatre mille florins d’or. Ce prince traita également avec Blanche de Beaujeu, sa tante, pour les réclamations qu’elle prétendait avoir à faire sur la succession de Guichard-le-grand son père, et mit fin ainsi au procès quelle avait intenté à Antoine de Beaujeu, et qu’elle suivait contre son successeur.

Violent, despote, adonné à tous les vices, sans frein lorsqu’il s’agissait d’assouvir ses passions, ne reculant devant aucun moyen de se procurer de l’argent, son règne fut une véritable calamité pour ses sujets, dont la résistance énergique le força souvent de renoncer à ses entreprises téméraires contre leurs franchises. Disons-le cependant, Edouard, au milieu de tous ses vices, avait conservé une des qualités héréditaires de sa famille, la bravoure. Il en donna des preuves nombreuses en 1375, en combattant les Anglais à l’entreprise de St-Sauveur, où il se trouva à la tête de sept chevaliers et de cinquante-six écuyers, et plus tard encore au siège de Cariat où il suivit le duc Louis II de Bourbon. Edouard avait refusé à Béatrix de Châlon, veuve d’Antoine de Beaujeu, la restitution de sa dot. La réclamation de cette princesse fit naître de volumineuses procédures ; plusieurs arrêts du parlement furent rendus, la médiation des ducs de Bourgogne et de Bourbon fut invoquée. Enfin Béatrix obtint un arrêt de provision ; mais Edouard maltraita les huissiers qui vinrent le lui signifier : le sang coula, et plusieurs personnes furent tuées. Un arrêt de prise de corps fut décerné contre lui, et il se défendit contre les officiers de justice et sergents qui étaient venus pour le mettre à exécution. Cependant force demeura à la loi, et Edouard fut conduit dans les prisons du Chàtelet. Le comte de Savoie sollicita sa grâce et obtint pour lui des lettres de rémission, datées du mois de juillet 1388, portant pour condition : « qu’il souffrira lever dans sa seigneurie de Beaujeu les aides que Sa Majesté y a imposées, comme aussi les arrérages de ces ce rentes, faute de quoi ladite grâce sera de nul effect ».

Indépendamment de ces procès de famille, Edouard eut de graves démêlés avec le sire de Villars, et se vit au moment d’avoir avec lui une guerre sérieuse. Voulant cependant l’éviter, il s’adressa à Amé VII de Savoie, seigneur de Bresse, qui se trouvait à Bourg. Ce prince accepta volontiers le rôle de médiateur, et leur fit signer un traité par lequel ils s’obligeaient à désarmer, et promettaient mutuellement de ne se faire la guerre qu’après une déclaration signifiée un an d’avance. Peu reconnaissant des services que venait de lui rendre le comte de Bresse, Edouard lui refusa l’hommage qu’il devait à la couronne de Savoie pour les châteaux de Thoissey, de Lent, de Coligny et de Buenc, qu’on lui réclamait selon les anciens traités, et notamment ceux de 1337 et de 1377. Amé VII instruisit son père, le comte Vert, de ce refus, et lui envoya Etienne de la Beaume pour avoir son avis. Le comte, indigné de ce manque de foi, répondit à son fils d’agir avec vigueur. Le jeune prince rassembla ses troupes, et, suivi du comte de Genève, de Hugues de Chàlon, de Jean et de Philippe de Montbelliard, de Gauthier de Vienne et de beaucoup d’autres seigneurs, entra en Dombes, enleva d’assaut le château de Beauregard, fit capituler celui de Lent, puis alla mettre le siège devant Thoissey. Edouard, étourdi de la rapidité de cette attaque et de la vigueur de l’exécution, implora les bons offices des ducs de Bourgogne et de Bourbon. Ces deux princes lui obtinrent une trève d’un an ; elle fut convenue à Morges le 1er décembre 1380, et, comme l’année suivante elle était près de finir, le duc de Bourgogne envoya auprès du seigneur de Bresse Bertrand de St-Pasteur et Renaud, seigneur de Montconis, chevaliers, pour demander encore une prolongation d’une année, ce qui lui fut accordé. Amé, comte de Bresse, profita de cette suspension d’armes pour aller combattre à Rosebeck aux cotés de Charles V. La trêve expira, et Amé, revenu de Flandres, reprit les hostilités contre Edouard de Beaujeu; il s’empara successivement de Thoissey, de Montmerle et de Chalamont. Mais à peine eut-il obtenu ce premier succès, qu’il apprit la mort du comte Vert son père, et fut obligé de se rendre à Chambéry pour recueillir l’héritage qui lui était dévolu et placer sur sa tête la couronne de Savoie.

Les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, ainsi que le sire de Coucy, profitèrent de cette suspension pour tâcher d’obtenir une paix durable à Edouard : ils envoyèrent des ambassadeurs à Cliambéry, le duc de Bourbon et le sire de Coucy s’y rendirent même en personne et obtinrent enfin un traité qui fut signé le 31 mai 1383, par lequel le comte de Savoie, en considération du roi et des seigneurs susnommés, consentit à relâcher à Edouard toutes les places qu’il lui avait prises en Donibes, à la réserve du château de Beauregard dont il garda la jouissance sa vie durant, et à la charge par le sire de Beaujeu d’ajouter aux hommages de Thoissey, de Lent, de Buenc et de Coligny, celui de la seigneurie de Montmerle. Ce traité, avantageux pour Edouard, parut le satisfaire, et il en témoigna la plus vive reconnaissance au duc de Bourbon ; néanmoins il trouva encore le moyen d’ajourner l’hommage convenu.

A peine cette affaire arrangée, il en surgit une autre non moins grave avec le duc de Bourgogne; voici à quel sujet : Edouard avait placé à Coligny un châtelain nommé Bérard de Chadrion, seigneur de Ronchival. Ce capitaine reconnut bientck que plusieurs droits et redevances attachés à cette seigneurie tombaient en désuétude, et se livra à de nombreuses recherches de titres pour- opérer leur rentrée. Le peuple de Coligny prit de l’ombrage de cette recherche, de laquelle il voyait déjà sortir un surcroit de charges. On s’irrita, on menaça de part et d’autre, et enfin deux habitants, nommés Humbert Pommier et Barthélemi Forquet, gagnèrent un certain Colin Larcher, qui, assisté de quelques bandits, assassina le châtelain de Ronchival au moment où il se rendait à la messe ; ils le percèrent de vingt-neuf coups de dague. Ceci ce passait en 1392. Le sire de Beaujeu, apprenant ce malheureux événement, envoya sur les lieux Guillaume de la Goutte et Humbert de Francheleins pour informer sur cette affaire. Les assassins s’étaient réfugiés en Bourgogne, où les commissaires d’Edouard les firent arrêter et transférer dans les prisons de Chalamont. La duchesse de Bourgogne, en l’absence du duc, réclama les prisonniers comme ayant été arrêtés sur ses terres, et ordonna au parlement de Dole d’informer contre le sire de Beaujeu et contre Lagoutte et Francheleins ses gentilshommes. Le bailli de Beaujolais, muni de la procédure, se rendit à Dijon pour justifier Edouard; la duchesse ne voulut pas l’entendre, et exigea avant tout la restitution des prisonniers. On céda, et ils furent acheminés sur Dijon ; mais en passant à Châlon ils sont enlevés par le bailli de cette ville, et les poursuites continuent. Edouard, inquiet de cette mésaventure, se rendit en personne à St-Denis pour faire agréer ses excuses au duc de Bourgogne, qui lui accorda une surséance, à la charge de lui remettre la terre de Coligny à titre de provision ; ce à quoi le sire de Beaujeu consentit. Il poursuivit ensuite la main-levée de cette terre, offrant de s’en rapporter à des arbitres ou au jugement du duc lui-même. Aucun de ces moyens ne fut agréé, et de nombreuses procédures eurent lieu, qui duraient encore lorsque Edouard fit la cession de ses seigneuries au duc de Bourbon. Celui-ci abandonna le procès d’assassinat, et la terre de Coligny revint aux enfants de Robert de Beaujeu à qui elle avait été cédée.

Si Edouard n’était pas aimé de ses voisins, il était abhorré de ses sujets : les vexations journalières qu’ils éprouvaient par suite du despotisme cruel et de la rapacité de ce prince les avaient exaspérés. Ils s’étaient toujours montrés attachés et dévoués à leurs seigneurs, chez qui ils avaient trouvé jusqu’à ce jour justice et protection ; ils surent résister avec énergie à la tyrannie d’Edouard. La haine des habitants de Villefranche contre leur seigneur datait de loin ; elle avait commencé par la défiance, du jour où ce prince avait pris possession de l’héritage d’Antoine de Beaujeu. Un des premiers actes de ses prédécesseurs avait toujours été de jurer les privilèges de Villefranche, sorte de charte octroyéepar Humbert IV, et qui avait puissamment contribué à la prospérité de cette ville naissante. Edouard ne voulut jamais remplir cette formalité, qui était toujours faite avec une grande solennité et l’assistance de vingt chevaliers. Il se contenta de faire reconnaître les privilèges par ses officiers, qui se réunirent avec les échevins de la ville à l’auberge ayant pour enseigne : Au mouton : « In domo albergariœ ad signum mutonis, in aulà « posteriore dicti hospilii. » L’acte de reconnaissance fut ensuite présenté à Edouard sous ce titre : Lihertas et franchesia FillœJ’ranchœ hœc est talls. Edouard ne tint aucun compte de cette reconnaissance, et ses officiers se livrèrent, d’après son ordre, à mille exactions pour lui procurer de l’argent, les revenus de ses seigneuries ne pouvant suffire à payer ses débauches. Les habitants de Villefranche résistèrent, et le sol de la ville fut souvent ensanglanté. Edouard lui-même ne fut pas respecté et faillit périr par l’émeute ; il ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval et à la précaution qu’il prit de s’enfermer dans son château de Beauregard. Enfin les choses en vinrent au point qu’un soulèvement général était imminent, lorsque Philippe de Thurey, archevêque de Lyon, offrit sa médiation, qui fut acceptée de part et d’autre. Les parties comparurent devant lui, et furent admises à présenter leurs griefs. Ils reprochaient à Edouard : 1° d’avoir enfreint leurs privilèges, après avoir refusé de les jurer à son avènement, ainsi qu’il le devait, à l’exemple de ses prédécesseurs ; 2° de faire arrêter pour dettes les hommes de Villefranche, tandis qu’il ne devait le faire que pour cause d’homicide, larcin, ou autre cas grave trouvé en flagrant délit; 3° d’avoir taxé à cinq livres et plus, aux péages de Thoissey et de Montréal, des habitants de Villelranche et de la banlieue ; 4° de refuser caution pour les gens décrétés d’accusation ; 5° de faire payer jusqu’à soixante sols d’amende pour voies de fait entre particuliers lorsqu’il y avait eu emploi de couteau et effusion de sang, quand même il n’existait pas de partie plaignante ; 6° de taxer à sept sols d’amende pour coups de pierre, de bâton, ou de poing, et soufflets, tandis que le droit était de trois sols; 7° de prélever la langue de tout bœuf abattu dans Villefranche ; 8° d’avoir prèlevé deux cents francs et plus de taxes illégales, sous prétexte d’entretien des murs de ville ; 9° d’avoir jeté la communauté de ladite ville dans un grand embarras financier en la forçant de répondre pour lui envers André de Thin, Lombard (banquier), demeurant à Avignon, dune somme de trois mille francs, et dont ledit seigneur n’avait remboursé ni le capital ni les intérêts; 10° de faire son séjour habituel au château de Beauregard, d’où ses gens venaient chaque nuit dévaster les foins et fourrages des habitants de Villefranche ; 1 1 ° d’avoir fait illégalement arrêter Etienne de la Croix, Vérand Glotton, Perrin Bastier et autres bourgeois, et de les avoir fait comparaître à Beauregard, quoiqu’ils fussent justiciables de Villefranche, ce qui leur avait fait dépenser plus de mille francs ; 12° d’avoir extorqué par force et menace de prison à Vincent de Valsonne et à Vincent de Juis, bourgeois de Villefranche, cent dix livres tournois, quoiqu’on n’eût rien à leur reprocher : toutes choses vexatoires et contraires aux libertés et franchises de leur ville. Le sire de Beaujeu, de son côté, répondit qu’il n’avait jamais prétendu violer les privilèges de Villefranche ; que les habitants étaient véritablement exempts de péages et de leydes sur les terres de Beaujolais, mais nullement sur celles de Dombes qui n’étaient pas spécifiées dans l’acte de leurs privilèges; que pendant deux cents ans et plus ses prédécesseurs avaient toujours perçu sept sols pour toute clameur et rixe, sans qu’il y eut réclamation à ce sujet; que les habitants, pour jouir de leurs privilèges, devaient préalablement lui jurer fidélité, ce qu’ils n’avaient pas fait

L’archevêque de Lyon, assisté du bailli de Macon et du sénéchal de Lyon, rendit son jugement, et décida que l’exemption de péage s’étendrait pour les habitants de Villefranche tant sur les terres de Beaujolais que sur les terres de Dombes, à l’exception des ports de la Marche et de Chavagneux, acquis postérieurement à la date des privilèges ; que la prétention du seigneur sur les langues de bœuf serait examinée plus tard. L’éponge fut passée sur tous les autres griefs, et les habitants donnèrent quatre cents livres à Edouard, à titre de don, promettant de ne pas user de la sauvegarde royale et de ne plus y recourir à l’avenir. Ce jugement fut prononcé à Villefranche le 25 mai 1399, Le comte se disposa à venir en personne et à la tète de son armée exiger par la force ce qu’on lui refusait au mépris des traités. Edouard cependant poursuivait le cours de ses excès, et, ne tenant aucun conipte de ce qu’il avait promis et des leçons qu’il avait reçues, écrasait ses sujets de nouvelles taxes et multipliait chaque jour davantage ses vexations. Son château de Pouilly était devenu un repaire de gens sans aveu et de bandits, toujours prêts à exécuter ses volontés. Ce lieu, jadis respecté et honoré, n’était plus qu’un objet de terreur pour les environs, et chaque jour une soldatesque ennivrée en sortait pour se livrer au pillage et à la dévastation. Edouard ne mettait plus de bornes à ses passions, rien ne lui coûtait pour les assouvir ; elles le conduisirent à sa ruine. Guyonnet de la Bessée, premier échevin de Villefranche, homme riche et considéré, avait une fille belle et sage, qui faisait sa gloire et son bonheur, les partis les plus beaux avaient été refusés ; la jeune fille n’avait pas encore trouvé quelqu’un digne de son choix. Edouard, épris de ses charmes, employa tous les moyens de séduction que lui offrait sa puissance; promesses, menaces, tout fut inutile. Irrité de cette résistance, le sire de Beaujeu se rend à Villefranche accompagné de ses sbires, et là, en plein jour, il fait enlever publiquement Mlle de la Bessée et la fait conduire à son château de Pouilly. Le désespoir du malheureux père fut à son comble ; après avoir vainement supplié, il en vint aux menaces, et le peuple de Villefranche lui était dévoué. Mais les précautions étaient trop bien prises au château de Pouilly pour qu’il put être enlevé par coup de main. Guyonnet de la Bessée eut recours à la justice du roi ; elle ne lui fit pas défaut. Edouard fut ajourné au parlement de Paris ; le sire de Beaujeu fit prendre l’huissier chargé de cette citation, et. après lui avoir fait avaler sa commission avec les sceaux qui y étaient appendus, le fit jeter dans les fossés du château où il se brisa la tête. Ce nouvel attentat avait comblé la mesure ; on envoya des troupes contre Edouard, qui fut arrêté, conduit à Paris et jeté dans un étroit cachot. Il dut s’attendre à n’en sortir que pour porter sa tête sur l’échafaud ; la nature de ses crimes exigeait un sévère exemple. Dans cette extrémité il eut recours à Louis II de Bourbon, son protecteur, qui déjà plusieurs fois lui avait rendu d’éminents services, et l’avait tiré des positions fâcheuses où l’avaient jeté son imprudence et sa mauvaise foi. Il vint encore à son secours, mais cette fois ses services ne furent pas aussi désintéressés que par le passé. Louis II de Bourbon était devenu comte de Forez par son mariage avec Anne, héritière de cette province. La couronne baronniale de Beaujolais, jointe à celle de Forez, lui donnait une puissance redoutable ; il dut désirer cette réunion, et l’occasion était belle; il sut habilement en profiter. Edouard concevait que le moins qui put lui arriver était la confiscation de ses états; il craignait plus que cela. Le rapt et le meurtre dont il était accusé pouvaient le conduire à l’échafaud. Edouard, étant sans enfants, accueillit donc avec empressement les ouvertures qui lui furent faites, et consentit volontiers à racheter sa tète par l’abandon de ses seigneuries au duc de Bourbon. L’acte en fut dressé et signé le 23 juin 1400. Cette cession fut complète, et comprit tout ce que possédaient les sires de Beaujeu tant en Beaujolais et en Dombes que partout ailleurs. Edouard eut-il le droit de disposer ainsi de cet héritage, au mépris de la substitution établie par le testament de Guichard-le-Grand ? c’est ce que la puissance du duc de Bourbon ne permit pas même de mettre en doute. Les seuls seigneurs de Beaujeu Linières essayèrent timidement quelques réclamations, et on les fit taire en leur jetant, comme par dérision, quelques misérables bribes de ce riche héritage. Edouard recouvra sa liberté aussitôt qu’il eut signé la spoliation de sa famille et se retira au château de Perreux où il mourut, six semaines après, de honte et de regrets, laissant une mémoire exécrée et dont le souvenir est resté longtemps dans les campagnes du Beaujolais, où l’on chantait encore au dix-septième siècle : Sire roi, sire roi, faites-nous justice De ce larron Edouard qui nous prend nos filles. Edouard, Edouard, laisse-nous nos filles. Il avait épousé, le 14 novembre 1370, Eléonore de Beaufort, fille de Guillaume Roger 1er du nom, comte de Beaufort, vicomte de Turenne, frère du pape Grégoire XI, et d’Aliénor de Comminges. Un seul enfant naquit de ce mariage et reçut le nom de Guichard, mais il mourut la même année de sa naissance. Eléonore survécut huit ans à son mari, « et passa ses jours, dit Louvet, dans un extrême « déplaisir de voir ainsi sa maison abattue. En Edouard s’éteignit la branche ainée de l’illustre maison de Beaujeu, dont les sires avaient brillé pendant plus de quatre cents ans parmi la plus haute noblesse par leur puissance, leurs alliances, les services qu’ils avaient rendus à l’Etat, et la gloire qu’ils avaient acquise dans les guerres nombreuses de cette longue période.

Aussi l’avènement de Louis de Bourbon excita en Beaujolais et en Dombes un enthousiasme difficile à décrire. Les peuples de ces deux provinces se voyaient délivrés de la tyrannie d’Edouard, et n’ignoraient pas les hautes qualités qui distinguaient leur nouveau seigneur : une ère nouvelle s’ouvrait pour eux, qui leur promettait justice et protection. Louis de Bourbon, le vainqueur de Rosebeck, celui que pendant sa captivité ses ennemis mêmes appelaient le roi d’honneur et de liesse, avait déjà mérité le surnom de Bon que le peuple de ses nouvelles provinces lui confirma.

L’année d’après, il réunit à sa seigneurie de Dombes les villes et châteaux de Trévoux, d’Ambérieux et du Châtelard, qui lui furent vendus par Humbert VII, sire de Thoire et de Villars, au prix de trente mille livres d’or. L’acte en fut passé à Trévoux le vendredi après la fête de saint Laurent 1402, ce aux maisons basses du sire de Villars, en « la chambre derrière la chapelle, » en présence de Philibert de l’Espinasse, seigneur de Cormoranche, de Hugues de Bochu, chevalier, et de Dalmas de la Porte, écuyer. Moyennant cette vente, le duc de Bourbon promit au sire de Thoire de le protéger, de lui donner conseil et de « lui garder l’honneur ce de son corps et de son état, comme il feroit de « son propre fils. »

Après l’avènement de Louis de Bourbon au siège seigneurial de Beaujolais et de Dombes, Amé VIII, duc de Savoie, lui avait renouvelé la demande de foi et hommage pour les seigneuries de Lent, Thoissey, Beauregard, Chalamont, Montmerle et Villeneuve, selon le traité de 1337 : hommage si obstinément refusé par Edouard II, et auquel Louis de Bourbon paraissait peu disposé à se soumettre. Le duc de Savoie pressa plus vivement, et enfin le sire de Bourbon refusa ouvertement : la guerre fut déclarée. Ce traité pacifia la vieille querelle qui existait depuis si longtemps entre les sires de Beaujeu et les comtes de Savoie, et délivra le pays d’une guerre désastreuse qui pouvait attirer les plus grandes calamités sur le peuple de la province. Louis de Bourbon, dont les sentiments de fidélité au roi ne s’étaient jamais démentis et qui lui en avait donné des preuves si éclatantes, eut la faiblesse à la fin de ses jours d’adhérer à la ligue que formèrent les seigneurs contre le malheureux Charles VI, sous prétexte que le duc de Bourgogne cherchait à s’emparer du pouvoir, ligue qui fut si fatale à la France et faillit rendre les Anglais maîtres de tout le royaume. Mais à peine parti de Moulins à la tête de ses vassaux, le duc de Bourbon tomba malade à Montluçon où il mourut dans de grands sentiments de piété, le 19 août 1 410.

Au milieu des troubles qui divisaient la France, Jean de Bourbon demeura ferme dans le parti du roi contre la faction de Bourgogne. Cette ligne de conduite n’était pas sans danger pour lui. Les états du duc de Bourgogne touchaient ses terres de Beaujolais, et il pouvait tout craindre d’un voisin aussi puissant. Sa prudence vint à son secours, et, profitant d’un moment où les partis semblaient enclins à la paix, il parvint à conclure une trêve avec son redoutable voisin. Elle fut signée le 6 juin 1414 et comprit, d’un côté, le duché de Bourbonnais, le comté de Forez, les seigneuries de Beaujolais, de Chàteau-Chinon et de Gombrailles ; et, de l’autre, le duché de Bourgogne et le comté de Charollais. Jean, tranquille sur ses états, ne songea plus qu’à consacrer son épée et sa vie au service du roi, et signala sa bravoure aux sièges de Compiègne et d’Arras où il se couvrit de gloire. Moins heureux, il perdit la liberté à la funeste bataille d’Azincourt et devint prisonnier des Anglais; captivité qui dura jusqu’à sa mort et qui eût pu devenir funeste pour les peuples de ses seigneuries, sans la prudence de Marie de Berry qui sut conjurer les orages qui se formaient incessamment autour d’elle. Marie de Berry, que nous venons de nommer, épouse de ce brave et malheureux prince, eut le gouvernement de ses biens et seigneuries pendant son absence. Douée d’un esprit juste et sage, elle comprit toute l’importance de la trêve conclue avec le duc de Bourgogne, en renouvela les conditions le 1 7 février 1417, et y fit comprendre le bailliage de Màcon qui avait été omis dans le premier traité. Pour plus de sûreté, la duchesse eut soin de faire renouveler cette trêve de temps en temps. C’est ainsi qu’elle le fut par lettres données à Bourbon-Lancy le 28 avril 1420, et par d’autres signées au château de Chantelles le 1er juillet 1423. (Pourquoi Marie de Berry n’a t’elle pas tenté de libéré son époux contre rançon ?)

Pendant que la duchesse de Bourbon s’assurait ainsi l’amitié du duc de Bourgogne, elle se vit au moment d’avoir une querelle sérieuse avec Amé VIII duc de Savoie. Voici à quel sujet. Les officiers de Dombes faisaient battre monnaie à Trévoux. Le duc de Savoie en ayant été informé, ordonna à Hugonin de Chandée, lieutenant-général au gouvernement de Bresse, de faire connaître à la duchesse qu’il ne souffrirait pas cette innovation, attendu que la seigneurie de Trévoux et autres terres de Dombes acquises de la maison de Thoire relevaient de la souveraineté de Savoie tout aussi bien que celles qui provenaient directement de la maison de Beaujeu. Chandée dépécha en conséquence Jacques de Loriol, juge de Bresse, avec ordre de porter les plaintes du duc de Savoie et d’en demander réparation. La duchesse répondit que le duc son mari ne déniait nullement l’hommage dû à la couronne de Savoie pour les terres de Dombes provenant de la maison de Beaujeu, mais qu’il ne reconnaissait aucun supérieur pour celles acquises des sires de Thoire et de Villars qui n’étaient pas du fief de Savoie, et que si elle faisait battre monnaie à Trévoux elle suivait en cela l’exemple de ses prédécesseurs, aux droits desquels elle avait succédé. Le duc de Savoie n’insista pas, soit qu’il eût l’intention de se départir de cette prétention, soit qu’il remît à vider cette affaire que le duc Jean eût recouvré sa liberté. Son attention, du reste, eut à se porter sur un objet plus important.

Les officiers du bailliage de Bresse avaient troublé ceux du duc de Bourbon dans le droit de ressort de la seigneurie de Buenc, et exercé celui de juridiction à Baneins, aux Feuillées, à Marsolas et à Verfey, au préjudice des officiers de Dombes. Sur les plaintes de la duchesse, ou indiqua une conférence à Vimy (Neuville) pour éclaircir l’affaire et arriver à un arrangement. Cette assemblée eut lieu le 19 août 1425. Les députés de la duchesse de Bourbon furent : Renaud de la Bussière, bailli de Beaujolais ; Jean de Changy ; Jean de Marzé, chevalier; Pierre de Briandas, juge ordinaire de Beaujolais; Guichard Bastier, docteur ès-lois; Etienne de Bar, conseiller du duc; Jean de Namy, juge d’appel de Beaujolais; Dalmas de la Porte, seigneur de Chavagneux ; Guichard de Gletteins, châtelain de Chalamont, Guillaume de Nolay, écuyer, capitaine châtelain de Trévoux ; Méraud du Bourg, procureur général, et Philippe de Rancé, trésorier de Beaujolais. Ceux du duc de Savoie furent : Hugonin de Chandée, bailli de Bresse; Humbert Maréchal, seigneur de Meximieux, Jacques de Loriol, juge de Bresse ; Lavaudrain, seigneur de Crangeac ; Guillaume de Genost; Claude Martin et Geoffroy Guyot, docteurs ès-droit, et Jean Favre, procureur général de Bresse. Rien ne fut décidé dans cette réunion ; il fut impossible de s’entendre, les esprits étaient trop montés pour pouvoir délibérer froidement : on le sentit, et l’affaire fut ajournée. On la reprit en 1428. Parmi les députés on remarque, du côté du duc de Bourbon : Jean Roux, juge ordinaire de Beaujolais; Jean du Breuil, maître des comptes; Pierre de Ponceton, avocat fiscal, et Jean de Briandas. Cette conférence n’eut pas un meilleur résultat que la première et ne servit au contraire qu’à aigrir les esprits, à tel point que plusieurs seigneurs de Bresse et de Bugey, croyant faire leur cour au duc de Savoie ou tout au moins n’en être pas désavoués, imaginèrent de faire une entreprise sur les terres de la seigneurie de Dombes. Le chef de cette coalition fut François de la Palu, chevalier, seigneur de Varambon, à qui se réunirent, entre autres, Jean de Menthon, Jean de Chàlillon en Genevois, Jean de Vaugrigneuse, le bâtard de Cornillon, Humbert du Bourg seigneur de Sainte-Croix, Pierre de Chassipol, Oger du Saix, le bâtard de Loysey, Molon le fils, Jean fils du seigneur de Chàteauvieux, Humbert de Balmey, Claude de la Teyssonière, Guillaume et Antoine seigneurs du Bost, le bâtard de Glareins surnommé la Mouche, Pierre de Buisadam seigneur de la Pérouse, le bâtard de Blonnay, Pierre d’Oncieux, le seigneur de Corrobert, le bâtard de Juys, le bâtard de Chàtillon-la-Palu, Antoine de Villette, le bâtard de Biolières, et plusieurs autres seigneurs. Réunis à leurs gens, ils marchèrent sur Trévoux, emportèrent la ville d’assaut, la livrèrent au pillage, et se répandirent ensuite en différents lieux de Dombes qu’ils traitèrent de même. Le château de Trévoux résista seul aux attaques réitérées des aventuriers.

La duchesse de Bourbon se plaignit vivement au duc de Savoie de cette attaque insolente faite en pleine paix, et demanda qu’on lui livrât les coupables pour en faire une justice exemplaire. Le duc désavoua hautement Varambon et ses complices, mais se réserva leur punition. Des ordres furent donnés en conséquence, et les procédures commencèrent. Marie, mécontente de ces lenteurs, renouvela ses plaintes; et comme elle insistait davantage, on convint de s’en remettre à la décision d’arbitres choisis par les deux partis : ce furent Amé de Talaru, archevêque de Lyon ; Jacques de Mauvoisin, abbé d’Ambronay, et Humbert de Groslée, chevalier, seigneur de Vireville, bailli de Màcon et sénéchal de Lyon. Ces arbitres se réunirent à Lyon le 1 8 mai 1431 ; la duchesse de Bourbon et le duc de Savoie se firent représenter par leurs députés. Les conférences furent longues et orageuses. Les arbitres prononcèrent et furent d’avis que le duc de Savoie devait abandonner les coupables. Varambon fut condamné à payer trente mille francs pour le dommage qu’il avait occasionné à Trévoux et en Dombes. Comme on le voit, Marie de Berry mettait tous ses soins à pacifier les mauvaises affaires qui lui survenaient : l’absence de son mari ne lui permettait guère de faire plus. Aussi, à peine eut-elle obtenu ce qu’elle désirait du duc de Savoie, qu’elle renouvela encore sa trêve avec le duc de Bourgogne; ce qui n’empécha pas François l’Aragonais de s’emparer de Marcigny par un coup de main, et Antoine de Juys et Philibert de Rosset, écuyers, de venir occuper de vive force la Roche de Solutré près Mâcon. Cette affaire s’arrangea amiablement par un traité signé à Mâcon le 24 mars 1432 et ratifié à Villefranche le 29 du même mois par Charles de Bourbon, comte de Clermont, qui venait d’être nommé gouverneur des terres et seigneuries de son père. La même année, la duchesse de Bourbon eut encore de nouvelles plaintes à porter contre les sujets de Savoie ; car les seigneurs de Romans et de Glareins, s’étant emparés de nuit et par escalade du Chàtelard en Dombes, le pillèrent et se retirèrent ensuite. La seule satisfaction que purent obtenir Blain le Loup, chevalier, et Jean Dubreuil, conseillers de la duchesse, fut la promesse du duc de Savoie de punir les coupables. Deux ans après, en 1 433, le duc Jean de Bourbon mourut en Angleterre sans avoir pu obtenir sa liberté. Une lettre de ce malheureux prince, écrite de Londres à Amé de Savoie, fait connaître les tristes préoccupations qui assaillaient son esprit pendant sa longue captivité; il se plaint surtout de ses proches qui semblent attacher peu de prix à sa liberté, et offre au duc de Savoie de lui vendre ses terres de Bresse. De son mariage avec Marie de Berry, fille de Jean de France, duc de Berry, et de Jeanne d’Armagnac, il laissa plusieurs enfants, entre autres : Charles, dont l’article suit; 2° Louis, comte de Montpensier, tige de la première branche de Bourbon Montpensier, dont il sera parlé.

A peine Charles de Bourbon eut-il succédé à son père Jean, mort en captivité, qu’il se trouva deux ennemis puissants sur les bras, les ducs de Bourgogne et de Savoie. Tout semblait cependant devoir assurer la paix entre eux ; car, aussitôt après la mort du duc Jean, on avait renouvelé la trêve entre les maisons de Bourgogne et de Bourbon, par l’entremise d’Arthur de Bretagne, comte de Richemont, connétable de France. Aucun sujet de dissension n’existait non plus entre les ducs de Savoie et de Bourbon; quelques points, à la vérité, étaient restés en litige entre eux, mais il était convenu qu’on les examinerait plus tard, et qu’on s’en rapporterait à la décision d’arbitres nommés à cet effet. L’ambition du duc de Bourgogne ne s’arrangeait pas de cet état de choses ; il convoitait une partie du Beaujolais qu’il trouvait fort à sa convenance, et l’occasion lui paraissait favorable pour s’en emparer. Il se rendit, en conséquence, à Chambéry où. il conclut une ligue offensive et défensive avec le duc de Savoie, prenant pour base le refus présumé du duc de Bourbon de faire en personne les hommages dus à la Bourgogne et à la Savoie, comme les avaient faits les anciens sires de Beaujeu. Il fut convenu qu’on l’y contraindrait par la force, que les deux princes s’entr’aideraient mutuellement, et que ce que chacun d’eux prendrait sur le seigneur de Beaujeu lui demeurerait en propre, savoir : au duc de Bourgogne la rive droite de la Saône, et au duc de Savoie la rive gauche. Chacun d’eux s’interdisait la faculté de traiter sans le consentement de son allié. Ce plan était bien conçu, car effectivement le duc de Bourbon n’était nullement disposé à comparaître en personne dans les hommages demandés. Mais il comprit le danger de sa position, et vit que la première chose qu’il avait à faire était d’arriver à diviser ses ennemis. Ne pouvant cependant refuser l’hommage au duc de Savoie, il s’avisa d’un expédient pour échapper à la question personnelle. En conséquence, il fit donation pleine et entière de ses terres de Beaujolais et de Dombes à Philippe de Bourbon son second fils, l’émancipa immédiatement et lui donna pour tuteur Jacques de Chàtillon, chevalier, seigneur de Dampierre. Ces actes furent passés au château de Moulins, le 1er janvier 1434. A peine ces dispositions prises, Charles de Bourbon s’empressa d’en faire part au duc de Savoie, en lui annonçant l’hommage prochain que Philippe son fils aurait à lui faire pour les terres de Dombes provenant de la maison de Beaujeu, et lui offrant, pour ce qui concernait Trévoux, Ambérieux et le Chàtelard acquis du sire de Thoire, de s’en remettre à la décision d’arbitres nommés à cet effet. Cette marche habile produisit son effet : le duc de Savoie n’avait plus aucun motif de faire la guerre, aussi congédia-t-il sur-le-champ les troupes qu’il avait assemblées sur la frontière.

Le 21 novembre de la même année 1434, Charles de Bourbon promit au duc de Savoie, par lettres datées à Anse, que son fils accomplirait fidèlement l’hommage du à la couronne de Savoie. Cependant, deux ans après, cette formalité n’ayant pas encore été accomplie, le duc de Savoie députa Jean du Saix, seigneur de Banains, pour en réclamer l’accomplissement et prendre jour pour terminer tous les différends qui pouvaient exister entre les maisons de Savoie et de Bourbon. Ces deux demandes parurent justes, et on se disposa à y faire droit. Philippe de Bourbon étant trop enfant pour faire l’hommage lui-même, le seigneur de Dampierre, son tuteur, fut chargé de le remplacer et se rendit à Turin auprès du prince de Piémont, lieutenant du duc de Savoie son père, entre les mains duquel il renouvela l’hommage pour les terres et châteaux de Thoissey, Lent, Montmerle, Villeneuve, Chalamout et Beauregard, avec leurs appartenances. Cette cérémonie eut lieu le 21 juillet 1436. On convint ensuite que les députés chargés de régler les autres différends se réuniraient à St-Trivier au mois de novembre suivant. L’époque arrivée, les députés se rendirent de part et d’autre au lieu indiqué. Comme d’ordinaire, l’assemblée fut orageuse. On s’entendit cependant sur les entreprises de juridiction faites parles officiers de Bresse sur ceux de Dombes, et ce point fut réglé ; mais il n’en fut pas de même en ce qui concernait le droit de battre monnaie à Trévoux et l’hommage des terres de Dombes venues de la maison de Thoire.

La même année et au mois de décembre le duc de Bourbon accorda aux habitants de Beaujolais, moyennant la somme de quatre cent cinquante écus royaux, le privilège de chasser aux bêtes sauvages noires et rousses, comme loups, sangliers et cerfs. Cette concession assez curieuse sera rapportée aux preuves.

Le 25 février 1441, et le duc de Bourbon y assista pour et au nom de Philippe son fils, baron de Beaujolais. On reconnut d’abord en principe que l’hommage était dû par les seigneurs de Beaujolais et de Dombes pour les châteaux et villes de Thoissey, Lent, Clialamont, Villeneuve et Beauregard, selon la forme des anciens traités. Abordant ensuite la question des terres et seigneuries provenant de Tboire-Villars, on arriva à la conclusion d’un traité qui semblait devoir anéantir tout germe de querelle et de guerre pour l’avenir. Le seigneur de Beaujeu déclara prendre en fief du duc de Savoie le Chàtelard et Ambérieux, et reçut de lui en augmentation la tierce partie du péage de trois mille livres que ledit duc levait sur la Saône depuis St-Jean-de-Losne et Mâcon jusqu’à Lyon. La sou- veraineté de Buenc, l’Abergement et Boha resta à la Savoie, et Trévoux, ainsi que son mandement, demeura au même titre à Philippe de Bourbon avec le droit d’y faire battre monnaie, à la condition que celle de Savoie y aurait cours. Moyennant cet arrangement, le duc de Savoie renonça pour lui et les siens à tout droit de souveraineté qu’il avait prétendu sur la Dombes tant de son chef que comme vicaire général de l’empire. On convint que le seigneur de Beaujeu ratifierait ce traité lorsqu’il aurait atteint l’âge de quinze ans, et serait tenu de passer reconnaissance de cet hommage avec dénombrement, formalité qui devait se renouveler à chaque mutation. Les limites de Bresse et de Dombes durent être fixées par des commissaires nommés à cet effet.

Ainsi furent réglés les anciennes prétentions et les droits que les ducs de Savoie d’une part et les sires de Beaujeu d’une autre disaient avoir sur la souveraineté de Dombes : question ardue, qu’aucun historien, selon nous, n’a traitée de bonne foi, la partialité ayant presque toujours dicté leurs jugements. Cependant les titres abondent pour l’éclaircir : les archives de Savoie et les inventaires de la Chambre du trésor de Villefranche peuvent fournir à celui qui entreprendra consciencieusement cette tâche les documents les plus complets pour arriver à la vérité. Notre intention n’est pas dans ce moment-ci d’aborder un pareil sujet, nous n’avons voulu écrire que l’histoire du Beaujolais, et n’avons parlé de la Dombes qu’en raison de sa proximité et parce que les événements qui s’y passaient ne pouvaient être indifférents au Beaujolais dont presque toute la noblesse possédait des terres sur les deux rives de la Saône. Observons seulement, sur cette question, que pendant l’existence de l’ancienne race de Beaujeu les prétentions de la Savoie à la souveraineté de Doinbes semblaient avoir une certaine consistance; mais que, lorsque la maison de Bourbon lui eut succédé, ces prétentions durent perdre beaucoup de leur valeur, attendu que derrière le duc de Bourbon se trouvait toujours le roi de France.

Le traité de Villefiauclie comblait les vœux du duc Charles, qui se voyait enfin souverain de Dombes, titre que ses prédécesseurs avaient toujours ambitionné de pouvoir porter sans conteste. Pour en témoigner sa reconnaissance au duc de Savoie, il se rendit en personne à Charnbéry où ces deux princes confirmèrent le traité, le 1 7 septembre 1441, en la chambre de parade et en présence de toute la cour de Savoie. Le 23 décembre suivant, on ajouta à ce même traité que si jamais le duc de Bourbon ou ses successeurs voulaient vendre leurs terres de Dombes, il serait loisible au duc de Savoie de les acquérir. Le 6 avril 1449, Louis de Chantemerle, bailli de Màcon, reçut une procuration pour faire, au nom de Philippe de Bourbon, l’hommage convenu. Après un accord aussi solennel, on devait espérer qu’il n’existait plus aucun sujet de brouille entre les deux princes ; mais tout n’avait pas été prévu dans le traité de Villefranche. Le duc de Savoie réclama encore l’hommage des châteaux de Béreins et de Béseneins, la dime de Bouligneux, la garde de l’église de Clémencia, le guet du château de Riottiers et le ressort de la souveraineté de Ste-Olive. On voulut traiter l’affaire à l’amiable et plusieurs conférences eurent lieu à Villars et à Lyon, mais elles n’amenèrent aucun résultat; Charles de Bourbon mourut au château de Moulins le 4 décembre 1456,

Jean II de Bourbon, surnommé le Fléau des Anglais, visita peu sa seigneurie de Beaujolais. Le premier acte que nous connaissions de lui est une exemption de péage accordée en 1459 aux Célestins de Lyon par tout son pays de Beaujolais. Il y parut cependant en 1463, et confirma les privilèges de Villefranche et de Beaujeu. Ses démêlés avec le duc de Savoie recommencèrent avec plus de violence que jamais. Tout le désir du duc de Bourbon était d’arriver à un affranchissement complet, et à l’agrandissement de sa puissance et de sa domination en Dombes. Il convoitait depuis longtemps le comté de Villars, et saisit avec empressement l’occasion de l’acquérir. Il l’acheta d’Antoine de Lévis, comte de Villars, le 7 mai 1 473 ; mais comme cette terre était située en Bresse, le duc de Savoie s’opposa à sa prise de possession. Comblé de biens et d’honneurs et revêtu de la dignité de connétable, ce prince mourut à Moulins le 1er avril 1488, ne laissant aucun enfant légitime. On possède de ce prince quelques monnaies que l’on croit fiappées à Trévoux. D’un côté on voit le duc de Bourbon en pied, portant le collier de l’ordre de St-Michel au cou et une épée nue à la main, son écu semé de France, et la devise Deus noster refuium et çirtus in tribalationihus ; au revers est l’écusson de Bourbon avec la cotice en bande, l’ecu accompagné en chef, en pointe, à dextre et à senestre de quatre grenades allumées, accostées chacune d’une fleur de lis avec l’exergue Joannes dux Borhonii et Alverniœ^Trivolci dominus. Il est assez curieux de voir le duc de Bourbon négliger ses autres qualités pour prendre celle de seigneur de Trévoux.

Jean de Bourbon étant mort sans enfants, et le cardinal l’ayant suivi de près au tombeau, sa riche succession resta sans conteste à Pierre son frère, que de son vivant il avait déjà revêtu du titre ho- norifique de comte de Beaujeu, sous lequel il est connu dans l’histoire. Pierre de Bourbon avait épousé à Jargeau le 3 novembre 1473 Anne de France, fille de Louis XI et de Charlotte de Savoie. Par une clause expresse du contrat le roi exigea que, dans le cas où aucun enfant ne naîtrait de ce mariage, les biens de Bourbon feraient retour à la couronne. Pierre n’ignorait pas que cet engagement de sa part ne pouvait préjudicier aux droits de la branche de Montpensier, le cas échéant; néanmoins, avant de signer, il ajouta ces mots : « en tant qu’il peut toucher audit futur époux pour le présent et l’avenir. » De ce mariage naquit une fille unique, Susanne de Bourbon, qui épousa Charles de Bourbon-Montpensier, dont l’article suit.

Charles III de Bourbon, connétable de France

A la mort de Pierre II de Bourbon, Susanne sa iille se trouva seule héritière de tous ses biens. Anne de France, veuve du duc, eut pour son douaire la baronnie de Beaujolais et la seigneurie de Dombes. Mais à peine la jeune princesse fut-elle mise en possession du riche héritage de son père qu’elle se le vit disputer par Charles de Bourbon-Montpensier son cousin, qui, se trouvant le parent mâle le plus rapproché, se prétendit le véritable et seul héritier en vertu d’anciens usages et de la substitution établie dans la famille. Il descendait de Jean 1er de Bourbon, baron de Beaujeu, Il fut convenu qu’il épouserait Susanne sa cousine, et que dans le cas où elle décéderait sans enfants, il demeurerait héritier de tous ses biens. Cet accord fut conclu à Paris le 26 février 1504 en présence de tous les parents paternels et maternels, et le mariage fut célébré au château de Parc-lès-Moulins le 10 mai 1505. Anne de France conserva la jouissance des terres de Dombes et de Beaujolais, et les actes y furent passés tant en son nom qu’en celui de Susanne et de Charles de Bourbon.

Cependant un événement heureux sembla devoir le consoler des déboires dont on cherchait à l’accabler. Susanne venait de lui donner un fils après douze ans de mariage stérile; le duc, au comble du bonheur, pria le roi d’être le parrain de son enfant avec Anne de France, duchesse douairière. Toute la cour se rendit à Moulins pour assister à cette cérémonie ; le roi y fut reçu avec une magnificence et un luxe inconnus même à la cour. « Bourbon, « dit un historien, semblait un puissant monarque  » qui reçoit chez lui son égal, et non un sujet « honoré de la présence de son souverain. ^> Le roi en fut irrité, et ses préventions contre le duc s’en accrurent d’autant. Le chancelier Duprat, l’amiral Bonnivet et le maréchal de Chàtillon, ennemis jurés du connétable, profitant de cette circonstance, achevèrent de le ruiner dans l’esprit du roi en lui faisant considérer toute cette noblesse, dont la somptuosité n’était entretenue que par la libéralité de Bourbon, comme un instrument prêt à servir les projets ambitieux de ce prince. Après avoir perdu l’enfant que Susanne lui avait donné, il eut la douleur de perdre aussi cette princesse à laquelle il était tendrement attaché. Tous les malheurs semblaient ainsi fondre à la fois sur cet infortuné prince, dont la destinée avait paru si belle et dont la fin devait être si funeste.

Louise de Savoie, duchesse d’Angoulème et mère du roi, descendait, ainsi que Susanne de Bourbon, de Charles V, duc de Bourbon, et d’Agnès de Bourgogne, dont la fille Marguerite avait épousé Philippe de Savoie, père de la duchesse d’Angoulème. La mort de Susanne laissait cette princesse seule héritière des biens de Bourbon qui n’étaient pas d’apanage, en supposant que la substitirlion n’existat pas dans la branche de Montpensier ; toute la question était là. La cause fut appelée au parlement de Paris, le 1 1 août 1523, avec tout l’appareil qui convenait à la qualité des parties. La France entière resta en suspens devant cette grande question : à qui doivent appartenir le Bourbonnais, l’Auvergne, la Marche, le Forez, le Beaujolais, la Dombes, le comté de Clermont en Beauvoisis, le duché de Chàtellerault, et grand nombre d’autres seigneuries toutes importantes par leur titre et leur étendue ? L’avocat Montholon, qui depuis fut garde-des-sceaux, défendit le connétable; Poyet, le futur chancelier, plaida pour la duchesse d’Angoulème. L’attaque fut habile, et fit valoir avec talent les droits de parenté qu’on invoquait. Montholon, dans sa défense, s’attacha à la loi salique qui de tout temps avait régi la maison de Bourbon, et cita à l’appui tous les pactes de famille qui en avaient été la suite. Les juges parurent indécis. Pendant ces débats, Anne de France se mourait. La plaie que la mort de sa fille avait ouverte dans son cœur était encore saignante lorsqu’elle vit son gendre, qu’elle chérissait tendrement, au moment de succomber sous le poids d’un procès qui pouvait l’accabler ; elle ne put résister à la douleur et à l’inquiétude qui la dévoraient, et succomba après avoir fait un testament qui instituait le connétable héritier de tous ses biens. Sa tendresse pour lui ne s’était jamais démentie, et elle avait déversé sur lui toute celle qu’elle portait à sa fille. Ciiarles, de son coté, avait testé le même jour que sa belle-mère et l’avait instituée son héritière en cas qu’elle lui survécût, et à son défaut faisait passer tous ses biens à ses deux neveux, Charles et Louis de Bourbon, à la charge de donner cent mille livres à la duchesse de Lorraine, sa sœur puinée. Enfin, après onze mois de lutte, intervint un arrêt portant que les parties seraient appointées au conseil, et qu’en vertu de ce principe, que jamais le roi ne plaide dessaisi, tous les biens en litige seraient mis en séquestre. Le connétable était ruiné,

Charles-Quint, profitant de Incitation violente du duc, lui fit les premières avances. Après quelques hésitations, un engagement secret les lia : ils traitèrent de pair à pair. Celui-ci conçut le projet hardi d’enlever le roi pendant le voyage; mais, au moment de mettre son plan à exécution, sa trahison fut découverte par les seigneurs de Matignon et d’Argouges, qu’il avait engagés à livrer la Nor- mandie aux Anglais. Le duc, prévenu de la découverte de ses projets, n’eut que le temps de fuir, presque seul et au milieu de mille dangers. Ce malheureux prince avait promis à l’empereur de lui livrer une partie de la France, et d’aller le joindre à la tête de la noblesse de ses provinces; il avait même espéré un instant, comme nous l’avons vu, lui mener le roi prisonnier. Charles-Quint, à la suite de toutes ces promesses, ne vit arriver qu’un fugitif et un proscrit. L’accueil qu’il lui fit se ressentit de la triste position du duc, et il ne fut plus question de l’exécution du traité qui avait lié ces princes. Bourbon comprit dès-lors qu’il était à la merci de Charles-Quint, qui ne l’employa plus que comme l’instrument de ses projets ambitieux sur la France. A peine le duc de Bourbon eut-il quitté sa patrie, que le roi fit occuper par ses troupes les provinces qui avaient apjiartenu à ce prince. Des garnisons furent mises dans les villes et châteaux de Beaujolais et de Dombes. Jacques de Chabanne, seigneur de la Palisse, maréchal de France, vint y recevoir le serment des nobles et des communautés. Le parlement commença les procédures contre le transfuge ; mais les longues formalités qu’exigeait sa qualité de prince du sang ne permirent de terminer ce procès qu’après sa mort. (voir article : la disgrâce de Charles III de Bourbon connétable de France).

Les procédures continuèrent nonobstant la mort du duc de Bourbon ; le parlement prononça enfin et ordonna la confiscation de tous ses biens au profit de la couronne, par arrêt du 26 juillet 1527. Le 25 aoiit suivant le roi fit cession à Louise de Savoie sa mère, duchesse d’Angoulême, du comté de Forez, de la seigneurie de Dombes et de la baronnie de Beaujolais, pour en jouir sa vie durant, à la charge de retour après la mort de cette princesse. Louise de Savoie mourut le 22 septembre 1531, et le roi prit possession du Beaujolais et de la Dombcs.

Au mois de mai 1533, le roi, étant à Lyon, confirma les privilèges de Villefranche. L’acte en fut enregistré en la chambre des comptes dudit lieu, le 21 janvier 1 534. Mais bientôt commença un système de ruine pour ce malheureux pays : des commissaires nommés par le roi vendirent à tout venant le domaine de la baronnie; les seigneuries, les justices, les péages, les greffes, tout fut converti en argent, et, si quelque chose resta invendu, c’est uniquement parce qu il ne se présenta pas d’acquéreur. Ce système destructeur, suivi pendant près de trente ans, amena dans l’état du pays une perturbation difficile à décrire. Chaque seigneur devenant justicier créa une sorte de tribunal informe, dont les offices étaient remplis par des gens sans instruction, sans habitude des affaires, et dont la plupart refoulaient des villes où leur peu de capacité ne leur avait pas permis de trouver de l’emploi. Nous aurons occasion de revenir sur les graves inconvénients qui résultèrent de cet état de choses, alors que nous verrons, cent ans plus tard, ces mêmes démembrements se renouveler. L’aliénation des péages n’entraina pas de moindres inconvénients : la perception des droits, livrée à la cupidité des acquéreurs, ne tarda pas à devenir une source continuelle de vexations et d’arbitraire, qui souvent amenèrent des luttes sanglantes.

Toutes ces aliénations, cependant, avaient été faites sous condition de droit de rachat. Plus tard, et alors que le Beaujolais fut rentré sous la domination de ses seigneurs légitimes, nous verrons exci- per de cette clause pour réparer, autant que possible, le mal qui avait été fait. En opérant ces ventes, le roi avait outre-passé ses pouvoirs. La baronnie de Beaujolais était, par son titre, classée au nombre des grandes seigneuries, et par cela même indivisible en son corps selon les anciennes lois du royaume, comme on peut le voir par les Etablissements de saint Louis, où il est dit au livre I  que la haronnie ne part mie. Ce principe, toujours reconnu jusque-là, avait servi de base à tous les arrêts de cours souveraines intervenus entre les héritiers de la maison de Beaujeu, et notamment à celui de la Pentecôte 1269 qui exclut les héritiers de Guichard IV pour adjuger la totalité de la seigneurie à Isabeau de Beaujeu sa sœur aînée, par le motif que cette baronnie n’était pas divisible. Or, François I », en aliénant les seigneuries, opéra un véritable partage avec les acquéreurs, en leur cédant des droits de justice qui ne pouvaient appartenir qu’aux officiers de la province. Il dépassa ainsi les limites que les lois du royaume avaient tracées à la puissance royale. La Dombes jusque-là avait été soumise, ainsi que nous l’avons dit, aux mêmes officiers de justice que le Beaujolais. François I » sépara les deux juridictions, créa pour la Dombes une justice particulière, et par ses lettres-patentes données à Evreux au mois d’avril 1043 défendit aux officiers du Beaujolais de s’immiscer en rien aux affaires de Dombes. Cette séparation fut-elle utile à cette dernière province? il nous est permis d’en douter.

Cependant les héritiers du connétable poursuivaient la restitution de son héritage. Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, se présentait pour le recueillir: il était fils de Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, et de Louise de Bourbon-Montpensier, sœur du connétable ; il réclamait la succession comme neveu et comme héritier testamentaire. Ce prince appartenait à la branche de Bourbon-Vendôme, et descendait de saint Louis.

En signant en 1526 le malheureux traité de Madrid, François 1er avait été contraint d’en accepter toutes les clauses. L’une d’elles assurait au duc de Bourbon la restitution de tous ses biens dans le délai de six semaines. A peine le roi eut-il recouvré sa liberté, que cette promesse subit le sort de celles qui avaient été faites à Charles-Quint : on ne songea nullement à l’exécuter. L’année suivante et après la mort du duc de Bourbon devant Rome, Louise sa sœur, veuve du prince de la Roche-sur-Yon, s’adressa à l’empereur pour réclamer son intervention afin d’obtenir du roi rexécution du traité de Madrid en ce qui concernait la succession de son frère. L’empereur, par une lettre de Valladolid en date du dernier juillet 1327, assura à la princesse qu’il emploierait tous ses efforts pour lui procurer satisfaction. Les choses demeurèrent en cet état jusqu’au traité de Cambrai, signé le 5 août 1529 par Louise de Savoie, au nom du roi son fils, et par Marguerite d’Autriche, douairière de Savoie, au nom de l’empereur son neveu. Par ce traité la mémoire du connétable fut réhabilitée, toutes les procédures faites contre lui annulées, et ses héritiers admis à faire valoir leurs droits à sa succession. François Ier ratifia l’abolition des peines prononcées contre le connétable, mais refusa d’abandonner sa succession. Il 0pposa aux héritiers toutes les anciennes prétentions qu’il avait élevées, tant en son nom qu’en celui de sa mère, pendant le procès. L’empereur n’admit aucune de ces raisons, et insista plus vivement; il devint difficile à François Ier de résister plus longtemps, car ses fils étaient encore en otage, et on paraissait mettre pour première condition de leur liberté la justice à rendre à la maison de Bourbon. Le roi parut céder, et par ses lettres données à Angouléme le 17 mai 1530 accorda par provision à la princesse de la Roche-sur-Yon et à sou fils le duché de chàtellerault. le comté de Forez, la baronnie de Beaujolais et la seigneurie de Dombes. Les princes furent rendus à la liberté, et le 6 août suivant le roi révoqua ses lettres d’Angoulème, remettant sous sa main les terres sus-nommées. L’empereur réclama de nouveau, mais les choses en restèrent au même point. •

Louise de Savoie mourut en 1531, sans que sa mort amenât aucun changement dans la position du jeune Louis de Bourbon. Ce prince cependant, commençant à désespérer du succès de ses réclamations, sentit la nécessité de se rapprocher de là cour. L’amiral Chabot, alors tout-puissant auprès du roi, offrit à Louis la main de Jacqueline de Longwy sa belle-sœur. C’était un moyen assuré d’avoir un appui auprès du roi, et peut-être de gagner ses bonnes grâces; le prince accepta. Il ne fut pas trompé dans son attente : Chabot le servit chaudement, et en 1538 il fut mis en possession des seigneuries de Montpensier, d’Auvergne, de la Tour, de la Bussière, et de la Roche-en-Rénier. Le comté de Montpensier fut érigé en titre de duché-pairie. Louis servit le roi avec zèle et distinction, et se fit remarquer dans toutes les guerres où il fut employé. Le roi parut lui avoir rendu l’ancienne faveur dont avait joui sa famille, et cette faveur ne se démentit pas sous les deux règnes suivants, sans qu’on songeât pour cela à lui restituer la succession de Bourbon, objet constant de ses désirs et de ses réclamations. Une circonstance vint encore affaiblir le peu d’espoir qu’il avait conservé jusque-là : François II donna à sa mère Catherine de Médicis la jouissance des terres de Dombes, de Beaujolais et de Forez, par lettres-patentes du mois de janvier 1559. Une nouvelle occasion de servir le roi pouvait seule ramener l’espoir dans le cœur de Montpensier, elle ne tarda pas à se présenter.

La réforme, ou nouvelle religion, comme on l’appelait alors, faisait en France des progrès effrayants ; partout où elle surgissait, les troubles et les révoltes embrasaient le pays : l’Anjou, la Touraine et le Maine étaient en feu. Le roi avait besoin d’un homme habile et dévoué pour éteindre cet incendie; il jeta les yeux sur le duc deMontpensier, qui accepta avec reconnaissance cette tâche difficile. Le prince fut pourvu du gouvernement de ces provinces, auxquelles on ajouta celle de Blois, le Perche, le pays Chartrain, le Vendômois et le Loudunois. La confiance du roi ne fut point trompée : Louis, par sa fermeté, ramena les factieux à l’obéissance, punit les chefs de la révolte, combattit et vainquit ceux qui tentèrent de résister, et rétablit le calme et la soumission dans ces belles provinces. Tant de services méritaient une récompense, Montpensier l’obtint enfin : le roi consentit à un traité qui terminait l’ancienne discussion de l’héritage du connétable.

Il demeura convenu que toutes les terres et seigneuries que le roi François I » avait précédemment rendues à Louis de Bourbon par ses lettres-patentes d’août 1538 demeureraient définitivement acquises audit prince, et de plus que la seigneurie de Dombes et la baronnie de Beaujolais lui seraient immédiatement remises pour les posséder et en jouir au même titre et aux mêmes conditions que les tenaient les anciens seigneurs, et notamment Charles de Bourbon le connétable. En ce qui touchait les aliénations faites dans ces deux provinces par les rois François I » et Henri II, ainsi que par Louise de Savoie, le roi prit l’engagement de racheter celles de Dombes de ses propres deniers dans lespace de quatre ans, mais laissa au duc de Montpensier à racheter à ses frais celles de Beaujolais. Il dut posséder cette baronnie avec tous ses droits et profits, émoluments de greffes, amendes, confiscations, même celles procédant de crimes de lèse-majesté divine et humaine, etc., avec la justice haute, moyenne et basse dont les officiers, payés et nommés par le seigneur, seraient néanmoins pourvus de commissions royales. Ce traité, qui rendait enfin le Beaujolais à ses seigneurs légitimes, fut passé à Orléans le 27 septembre 1560 par-devant Gilles Ménagier et François Stuard, notaires au chàtelet de ladite ville, et signé par le roi François II et par Jacqueline de Longwy au nom du duc de Montpensier son mari, occupé au service du roi, en présence des cardinaux de Lorraine et de Tournon, etc.. Le roi étant mort huit jours après, Charles IX son successeur ratifia ce traité par lettres du 1 7 décembre suivant, enregistrées au parlement de Paris le 14 juillet 1561.

Le duc dépêcha à Villefranche François de St- Hilaire, écuyer, seigneur dudit lieu, son maître d’hôtel et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et Etienne Fergon, son conseiller et secrétaire, pour prendre possession en son nom de la baronnie de Beaujolais et de la principauté de Dombes. L’arrivée de ces envoyés excita un enthousiasme général ; ils firent connaître la ferme volonté du prince de maintenir les privilèges et franchises de la baronnie, ainsi que son désir de procéder au rachat des justices et droits vendus par le gouvernement royal. Cette dernière mesure eut l’approbation de tous les bons esprits, qui sentaient l’importance de maintenir l’intégrité de la province et l’unité de la justice. Quelques seigneurs seuls en furent contrariés, qui avaient cru s’élever beaucoup en joignant à leur fief quelques droits de justice qui leur coûtaient plus qu’ils ne rapportaient, et n’étaient réellement pour eux qu’une satisfaction d’amour-propre et de vanité. Louis de Montpensier confirma les privilèges de Villefranche, et fit procéder immédiatement au rachat des démembrements. Celte opération offrait bien des difficultés. Toutes les ventes faites, soit par Louise de Savoie, soit par le roi François I » et ses successeurs, avaient bien été consenties sous la réserve du droit de rachat perpétuel ; mais il fallut lutter contre la mauvaise volonté des détenteurs, et souvent contre leur mauvaise foi. De nombreux procès eurent lieu, qui révélèrent les prétentions les plus exorbitantes de la part des accpiéreurs, dont la plupart ne cédèrent qu’à la force et lorsque l’absorption entière de leur fortune ne leur permit plus de pousser plus avant les plaidoiries. Malgré tous ces obstacles, le prince n’en continua pas moins son œuvre avec persévérance, et parvint enfin à faire rentrer la majeure partie des aliénations. Parmi les traités qui furent faits à l’amiable, on peut citer le rachat des seigneuries de Pouilly-le-Chàtel et de Laye, consenti le 15 janvier 1561 par noble Jean Fournel, lieutenant-général civil en la sénéchaussée de Lyon ; celui de la seigneurie de Chamelet, consenti par Pierre Vincent, bourgeois de Lyon, le 19 des mêmes mois et an ; celui du greffe de la prévôté de Beaujeu, qui avait été vendu à Me Claude Lafond ; enfin celui des dîmes de Villefranche, consenti par les consuls et éclievins de la ville de Lyon en leur qualité de recteurs du grand Hôpital du pont du Rhône. Pendant que les commissaires du duc de Montpensier travaillaient à l’œuvre de rachat et que tout semblait annoncer pour le Beaujolais un sort prospère, le pays éprouva une de ces secousses dont nul n’est à l’abri dans les temps de guerres civiles. Lyon venait de tomber au pouvoir des protestants; le baron des Adrets s’en était emparé par surprise, et après une faible résistance, le 30 avril 1562. Le 1 7 mai suivant cet audacieux partisan fit signifier à Villefranche qu’on eût à lui en ouvrir les portes, son intention étant d’y mettre garnison afin d’assurer ses communications avec la Bourgogne, menaçant la ville d’une ruine complète en cas de résistance.

Le 22 mai, dans la matinée, les sieurs de Blaccons et de St-Aubin se présentèrent devant les faubourgs avec deux cents hommes de pied, cinq cents chevaux, quatre pièces de canon de gros calibre et six pièces de campagne. L’attaque commença immédiatement sur toute la ligne comprise entre les portes dites d’Anse et de Fayette. La ville tint bon pendant deux jours; mais la troisième nuit les assiégeants étant parvenus à incendier la porte de Fayette, l’épouvante devint générale et la résistance fut dès-lors jugée inutile. Au point du jour le conseil s’assembla, et il fut résolu qu’on traiterait avec l’ennemi. Celui-ci accepta sur-le-champ les conditions proposées : il fut convenu qu’on respecterait les personnes et les choses, que les chefs seuls auraient le droit d’entrer dans la ville, que leurs troupes camperaient hors des murs, et qu’on leur fournirait des vivres et tout ce dont ils auraient besoin. Mais à peine les officiers furent-ils entrés que leurs troupes les suivirent tumultueusement, s’emparèrent de tout ce qui était à leur convenance et vécurent ainsi à discrétion pendant cinq jours, durant lesquels la population catholique souffrit horriblement. Les armes et les chevaux furent enlevés, les églises complètement dévastées et ruinées, et enfin toutes les autorités furent taxées à des sommes assez considérables pour le temps : le sieur de Gaspard, lieutenant-général, à cinquante écus ; le sieur Poyet, procureur du roi, à cent écus; le corps de ville, à mille écus, etc.. Enfin le sixième jour l’ennemi se retira, emportant un butin considérable et lais- sant cent hommes de garnison. Les protestants de la ville, en assez grand nombre, profitèrent de ce renfort pour établir des prêches et voulurent forcer les catholiques à y assister.

Le roi, touché de tant d’infortunes, accorda aux habitants du Beaujolais, par ses lettres du 29 avril 1 563, une exemption de taille pour un an ; mais cette mesure bienfaisante fut révoquée peu après, et la taille payée comme à l’ordinaire. L’année suivante, au mois de juin, le duc de Montpensier fit son entrée solennelle à Villefranche, accompagné du prince son fils. Les peuples de ces contrées, oubliant pour un instant les maux dont ils venaient d’être frappés, se portèrent en foule sur le passage de leur seigneur et saluèrent son arrivée comme un bienfait. Huit mille personnes allèrent au-devant de lui jusqu’au pont de Joug, enseignes déployées et tambourins battants. Cependant la coupe d’amertume n’était pas épuisée pour le Beaujolais, la peste lui manquait encore ; elle s’y déclara vers la fin de juin, et en moins de trois mois enleva à la seule ville de Villefranche plus de deux mille personnes.

Les troubles qui agitaient l’Etat se firent vivement sentir en Beaujolais, où la division d’opinion religieuse était fort grande : aussi le pays fut-il souvent couvert de troupes qui y firent beaucoup de dégâts. Le peuple, inquiété, s’occupa peu de la culture des terres, et la cherté des blés amena la famine en 1573. Guillaume Paradin nous a laissé un tableau effrayant de cette calamité, ainsi que de la mortalité qui en fut la suite. Plus d’un tiers de la population périt de faim, ou frappé par la contagion ; la désolation fut à son comble.  » Joint à cela », ajoute Paradin, « que nous estions affligez de guerre, et alloient gens d’armes par les champs, faisant infinis excez. » Ainsi, la guerre, la famine et la peste semblaient conjurés contre ce malheureux pays qui avoit déjà tant souflert.

HENRI DE BOURBON-MONTPENSIER.
Henri était né le 12 mai 1573, et, du vivant de son père et de son aïeul, avait reçu de nombreuses faveurs de la cour. Plus tard il succéda aux différents gouvernements dont son père avait été investi, et se montra toujours digne du nom qu’il portait, par sa valeur et ses talents militaires. Blessé dangereusement d’une arquebusade au siège de Dreux, il parut avec éclat en la guerre de Savoie et la conquête de la Bresse. Le roi le fît chevalier du St-Esprit, et lui confia les missions les plus difficiles. Sa mort, arrivée le 27 février 1608, affligea profondément Henri IV, qui avait pour ce prince un tendre attachement : s’il était un habile diplomate, il fut un détestable seigneur pour les peuples de ses terres. Le Beaujolais, ce pays si fertile, auquel il fallait peu de chose pour réparer tous les malheurs que lui avait attirés la guerre civile, reçut de ce prince un échec dont il ne put se relever. Le système suivi par François Ier et ses successeurs avait aflaibli la baronnie, en lui fai- sant perdre sou unité par la vente des seigneuries ; mais ce mal avait été promptement réparé par les seigneurs de Montpensier, qui avaient mis tous leurs soins à racheter les démembrements opérés par le gouvernement royal. Henri, loin de suivre l’exemple de ses pères, ne songea qu’à battre monnaie avec les justices, qu’il aliéna à tous ceux qui en voulurent. Des commissaires furent nommés en 1600 ; on fit des inventaires estimatifs de tout ce qui pouvait produire quelque argent, et comme les ventes n’allaient pas assez vite au gré des vendeurs, on prit le parti de mettre les justices à l’enchère. Dès-lors le pays changea pour ainsi dire de face, il perdit sa force et son unité. La multiplicité des justices entraîna des abus sans nombre, en confiant le jugement des causes à des gens inhabiles et qui souvent manquaient de probité (voir article : Vente des Justices en Beaujolais en 1573)

MARIE DE BOURBON-MONTPENSIER. Marie de Bourbon, dernière héritière dn nom et de la fortune de Montpensier, naquit au château de Gaillon en Normandie, le 15 octobre 1605. A peine cette princesse eut-elle atteint l’âge de deux ans qu’elle fut fiancée au duc d’Orléans, second fils de Henri IV. Mais le jeune prince étant mort quatre ans après, on la destina à Gaston de France, troisième fils du roi, et devenu duc d’Orléans par le décès de son frère. Le mariage eut lieu à Nantes le 6 août 1626. Le bonheur que cette alliance semblait promettre à Gaston ne fut pas de longue durée ; car la princesse Marie, ayant mis au monde une fille le 29 mai 1627, mourut le 4 juin suivant.

Anne Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier
Plus conue sous le nom de Mademoiselle. Au milieu d’une vie aussi agitée que le fut celle de Mademoiselle, le Beaujolais dut occuper une bien petite place dans les préoccupations de cette princesse. Ses nombreux projets d’établissements, ses intrigues politiques, et enfin ses amours avec Lauzun, occupèrent trop complètement sa vie pour lui laisser le temps de connaître et d’étudier les abus qui existaient dans ses nombreuses seigneuries. Son immense fortune lui aurait permis, sans doute, de remédier au mal toujours croissant du démembrement seigneurial du Beaujolais. Quelques plaintes arrivèrent bien jusqu’à elle, mais le conseil qui l’entourait trouva le moyen de détourner son attention, et le mal continua. Quelques bonnes ordonnances furent cependant rendues en faveur du Beaujolais. C’est ainsi que nous voyons, depuis 1620 jusqu’à 1640, établir des règlements sages relatifs à la mouture des grains, au poids des farines et du pain, ainsi qu’à l’aunage des étoffes, afin de prévenir les fraudes trop fréquentes qui avaient lieu. Quelques œuvres de bienfaisance nous prouvent que cette princesse eût fait beaucoup pour ses seigneuries, si elle n’eût suivi que l’impulsion de son cœur. Elle accorda au Beaujolais de nombreux secours en 1629, à la suite de l’épidémie qui ravagea la province cette année-là. Une rente perpétuelle de 300 livres fut fondée par elle, le 11 août 1 669, pour l’entretien des enfants trouvés de Villefranche, et enfin beaucoup de familles pauvres reçurent des secours et des pensions. Ces bienfaits acquirent à Mademoiselle l’affection du Beaujolais, et, quoique le pays eût eu assez à souffrir de la mauvaise administration du Conseil, la mort de cette princesse, arrivée en 1 693, excita des regrets universels dans le Beaujolais.

Par son testament Mademoiselle de Montpensier institua pour son héritier universel Philippe d’Orléans, Monsieur, frère unique du roi. Quelques parties de son riche héritage furent seules exceptées de cette donation. La Dombes fut donnée au duc du Maine, fils naturel de Louis XIV.

 

Histoire du Beaujolais et des Sires de Beaujeu – Ferdinand de la Roche

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